Une société propice aux "embrasements collectifs"

Publié le par Le Net Et Ses Dangers

  Une société propice aux "embrasements collectifs"

Les phénomènes d'embrasements collectifs, comme ceux qui se manifestent actuellement, risquent de se multiplier en France, selon Bruno Verrecchia, pédopsychiatre et criminologue. Des pistes de prévention sont toutefois possibles.

tf1.fr : Qu'est-ce qui conduit des jeunes sans passé de délinquants à brûler des voitures ou affronter les forces de l'ordre ?

Bruno Verrecchia (1) : Outre des causes d'ordres sociologiques ou politiques, c'est la conjonction de plusieurs facteurs. D'abord, on observe de plus en plus aujourd'hui de personnalités mal structurées qui ne correspondent pas aux modèles névrotiques classiques. Des personnes de plus en plus "limites" ou "borderline" qui n'ont pas toujours de rapport à la culpabilité. Elles ont une plus grande propension au passage à l'acte sans intermédiation symbolique, c'est-à-dire sans recours à la parole. D'où des courts-circuits entre la situation et la façon dont elle pourrait être mise en mots.

Il y a par ailleurs le phénomène de contagion et de prépsychose collective. Plus que les virus, les idées, les peurs, les croyances peuvent proliférer jusqu'à enflammer des groupes, un phénomène amplifié par les nouveaux médias : Internet, les téléphones mobiles. Tout cela peut favoriser les phénomènes de bandes avec des membres de plus en plus jeunes et qui ne souffrent pas forcément de troubles psychologiques caractérisés. On assiste alors à une régression des comportements individuels à un mode archaïque, barbare.

tf1.fr : Quelle peut être la réponse des pédopsychiatres et psychologues ?

B. V. : Encore faudrait-il que nous soyons sollicités, soit par les adolescents, soit par les familles... Pour l'instant, les cliniciens ne sont pas impliqués au premier chef mais nous pourrions avoir un rôle d'éclaireurs auprès des pouvoirs publics quant à l'analyse de ces comportements collectifs déviants et à leur gestion.

tf1.fr : Quels enseignements peut-on d'ores et déjà tirer de ces violences urbaines ?

B. V. : Notre société est de plus en plus susceptible d'être en proie à des phénomènes d'embrasements collectifs du fait de la peur du terrorisme, de pandémie, etc. Certaines personnes en France n'ont plus la possibilité d'avoir des mots pour dire leur souffrance. D'une manière générale, il faut s'interroger sur la place de la culture dans notre pays. C'est-à-dire sur les questions de la transmission, des valeurs — pas uniquement morales, des possibilités d'ouvrir des champs de rêve et de créativité. Moins il y a de symbolique, moins il y a de dialogue et plus il y a de passage à l'acte et plus grande est la tendance à des phénomènes d'ampleur incontrôlés. Redonner une place à la parole et à la culture, c'est la priorité des priorités, après le retour au calme.

(1) Bruno Verrecchia est pédopsychiatre au CHU de Brest et expert international "Ordinex" en criminologie (statut consultatif auprès de l'ONU).

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