La victoire de Ségolène Royal dans "l'air du temps"

Publié le par Le Net Et Ses Dangers

  La victoire de Ségolène Royal dans "l'air du temps"

Deux jours après son élection au PS, beaucoup s'interrogent sur les raisons du triomphe de Ségolène Royal, et pourtant, il y a un an, la députée socialiste avait déjà son explication, estimant correspondre à "quelque chose qui est dans l'air du temps".

"Je crois que je corresponds à quelque chose qui est dans l'air du temps", confiait-elle à l'AFP avant le Congrès du PS au Mans, en novembre 2005.

Elle qui se contentait alors de répliquer "Et pourquoi pas ?" lorsqu'on l'interrogeait sur 2007, convenait aussi de l'importance des sondages, tant dans une bataille interne au PS que pour un combat futur avec la droite. Déjà, elle avait amorcé une ascension dans l'opinion qui ne s'est pas démentie.

Jeudi, la députée des Deux Sèvres a confirmé les prédictions les plus optimistes, comme celle de Jack Lang, qui la voyaient gagner "haut la main" devant Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn: elle est passée avec 60,65 % des voix et un taux de participation de 81,79 %.

Pourquoi, s'interrogent les politologues ? :  Pas pour un discours politique "lisse, plat et terne, même dans les grandes occasions" où elle dévide "des lieux communs", écrit la philosophe et politologue Elisabeth Sledziewski dans Le Figaro de samedi.

Mais pour un faisceau de raisons, analyse Philippe Braud, professeur à Sciences-Po, qui de fait tiennent "à l'air du temps" politique et sociologique.

Au PS, "les militants, même les plus chevronnés, sont fatigués des querelles des éléphants. Ils pensent, et avec eux les nouveaux militants, qu'il faut un candidat qui gagne", explique-t-il.

Samedi, au Conseil de la fédération PS des Deux-Sèvres, des militants ont souligné que c'est le "vote utile qui a prévalu".

Au delà, Ségolène Royal répond à une attente bien connue des électeurs, qui ont un "double désir de sécurité et d'illusion", selon M. Braud. Elle "défend des idées conservatrices -la jeunesse doit être sérieuse, les parents ne doivent pas démissionner- mais elle est de gauche."

La recette n'est pas nouvelle, ajoute M. Braud. C'est "le changement dans la continuité" de Valéry Giscard d'Estaing, "la force tranquille" de François Mitterrand, avec "la force qui veut dire: on bouge puisqu'on est de gauche, et le mot tranquille qui rassure".

Ségolène Royal, c'est encore une autre recette traditionnelle, relève Philippe Braud, qui consiste à dire: "J'ai été choisie malgré moi. Ce n'est pas moi, ce sont les autres qui m'ont demandé".

"Les militants sont venus voter, et sont en train de me donner un élan. Je mesure le fait de recevoir cet élan, d'être choisie de cette façon-là", déclarait Mme Royal après sa victoire.

Femme: "Il faut une femme", affirmait une adhérente des Deux-Sèvres, après sa victoire. "Une femme qui fait les comptes, comme nous".

"Une femme parce qu'il fallait que ce soit une femme, comme dans les téléfilms, +Ségolène+, super-infirmière d'un PS pas près d'être remis ni du traumatisme du 21 avril ni de la fracture du referendum européen, et en proie à une puissante dynamique de clivage entre blairistes et marxisants", écrit pour sa part Elisabeth Sledziewski.

Une femme proche des gens, comme le note Vincent Grégoire, spécialiste des tendances, "qui porte toujours un petit accessoire, un peu gri-gri, genre +collier de nouilles+ que les gamins auraient pu lui offrir". Avec des "fragilités que l'opinion lui pardonne", dit Philippe Braud.

Avec aussi, prévient-il, "un tempérament impulsif, comme lorsqu'elle a mouché une jeune militante (en septembre à Quimperlé), qui lui jouera des tours" lors de sa campagne, "si un Sarkozy s'amuse à la pousser à la faute."
Publicité

Publié dans Présidentielle 2007

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article