Après son triomphe, Royal appelle les Français à se rassembler
Après son triomphe, Royal appelle les Français à se rassembler
Au lendemain de sa désignation triomphale comme candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal a appelé vendredi "tous les Français, hommes et femmes" à se "rassembler", à se "mobiliser" et se demander ce qu'ils peuvent faire "pour leur pays".
La candidate du PS à la présidentielle Ségolène Royal à Melle, le 17 novembre 2006
Les éditorialistes de la presse quotidienne de samedi saluent encore la victoire de Ségolène Royal, "l'icône", "l'héroïne radieuse" qui a "ringardisé ses adversaires" et prédisent un rude combat à son futur adversaire à la présidentielle.
Dans son fief de Melle (Deux-Sèvres), vêtue d'une veste blanche, sa couleur fétiche, la candidate a souhaité "unir toute la gauche dans sa diversité, puis rassembler une majorité de Français dans un même désir d'avenir". Désirs d'avenir est son slogan et le nom de son site. "Imaginons ensemble une France qui aura le courage d'affronter les mutations sans renoncer à son idéal de liberté, d'égalité et de fraternité", a lancé, radieuse, la présidente de Poitou-Charentes devant une centaine de journalistes venus du monde entier.
Sa désignation dès le premier tour de la primaire socialiste, avec 60,65% des voix selon les chiffres définitifs, avait une place de choix dans les titres des grandes télévisions: BBC, CNN...
Par la volonté des adhérents du PS, Ségolène Royal est devenue la première Française à avoir une chance réelle d'accéder, en mai 2007, à la présidence de la République. A 53 ans, elle a laissé sur place ses rivaux, le tenant de l'aile social-démocrate Dominique Strauss-Kahn (20,69%) et celui de la gauche du parti Laurent Fabius (18,66%). Mme Royal les a surclassés partout sauf dans trois fédérations (Seine-maritime, Mayotte, Haute-Corse). Alors que les sondages la donnant victorieuse ne portaient que sur les sympathisants socialistes, les militants ont confirmé cette tendance, grâce, semble-t-il, à l'appui massif des 70.000 nouveaux adhérents.
Les propositions parfois iconoclastes (jurys populaires, encadrement militaire des jeunes délinquants...) qui avaient valu à la candidate d'être taxée çà et là de populisme, ne lui ont nullement fait obstacle. Ceux que la députée des Deux-Sèvres appelait ses "compétiteurs" se sont dits prêts au rassemblement derrière elle.
Conférence de presse de Laurent Fabius le 17 novembre 2006 à l'Assemblée nationale à Paris
Battu dans son fief du Val-d'Oise, DSK a affirmé que "tout le monde sera derrière elle (...) contre la droite". Il revient à Ségolène Royal "d'assurer le rassemblement de tous les socialistes. J'y suis évidemment prêt", a dit Laurent Fabius. Proche de Lionel Jospin, qui n'avait pas masqué son antipathie pour la candidate, le maire de Paris Bertrand Delanoë a vu dans son score "une source de légitimité et de force".
Le MJS, avec qui elle avait eu des rapports rugueux, s'est rallié à elle. François Hollande, patron du parti, a assuré, après des semaines de débats parfois âpres, que "ce sont tous les socialistes qui ont gagné". Tout en se gardant de dévoiler ses sentiments personnels après la victoire de sa compagne, M. Hollande a estimé qu'elle devait "garder son identité, son originalité" qui en font, selon lui, la représentante du "socialisme d'aujourd'hui".
Seul bémol dans le concert de louanges au PS : le fabiusien Jean-Luc Mélenchon a exprimé sa "consternation".
Les prises de positions de Mme Royal "traduisent et même confirment l'aggravation d'une orientation politique préoccupante du PS", a estimé le PCF. A la LCR, Olivier Besancenot a parlé de "gueule de bois à gauche".
Très probable candidat UMP en 2007, Nicolas Sarkozy a vu dans la victoire de celle qui pourrait être son adversaire en 2007 le signe d'"une aspiration forte" au "renouvellement de la classe politique" et il a souhaité un "débat de la modernité" avec elle. Sa victoire est saluée samedi par la presse quotidienne.
L'éditorial du Monde souligne comme d'autres que "Ségolène Royal a bâti sa popularité sur sa singularité, sa différence, voire sa rupture avec la vieille maison socialiste".
Gérard Dupuy dans Libération, est évoque son autre différence, son âge: "dans un paysage politique volontiers gérontocratique (...) ses 53 ans ont été un atout qu'elle partagera désormais avec son principal adversaire, Sarkozy", écrit-il.
Nicolas Beytout souligne également la force de Mme Royal : "Aucun d'entre eux n'a trouvé la faille, au contraire : plus ils la critiquaient et plus elle se renforçait". Mais l'éditorialiste du Figaro prévoit que "la machine à gagner s'enrayera", et il ajoute que "la droite pourra gagner, sauf bien sûr si, comme trop souvent dans le passé, sa propre machine à perdre s'est emballée."
Dans l'Humanité, Pierre Laurent, note pour sa part que "Ségolène Royal a gagné la bataille chez les militants du PS. Elle n'a pas gagné la bataille chez électeurs".
Plusieurs éditorialistes prédisent des jours difficiles au patron de l'UMP: comme Jean-Marcel Bouguereau qui dans La République des Pyrénées écrit qu'à la place de Sarkozy, il se ferait du souci. "En même temps qu'elle ringardise les éléphants du PS, elle pourrait bien, avec sa force tranquille, démonétiser notre très agité ministre de l'intérieur", prédit-il. Pour Sud-Ouest, Bruno Dive, ironise: " Si le ministre de l'Intérieur ne veut pas voir son scalp rejoindre ceux de ses pairs socialistes, il va lui falloir jouer finement".
Enfin Jacques Camus dans La République du Centre estime que Royal et Sarkozy sont des candidats de "rupture" mais prévient le second qu'il serait "bien inspiré de se méfier" car " il ne sera pas facile de faire dérailler la locomotive Royal !"