Le bateau de Ségo a pris l'eau
Le bateau de Ségo a pris l'eauEnfin ! Ils sont sortis de leurs gonds, ils ont montré les crocs, ils ont tombé la veste. Les postulants à l’investiture socialiste se sont réellement affrontés cette fois. Il était temps.
Sauf pour la malheureuse Ségolène qui en a fait les frais. Les deux éléphants Fabius et DSK lui sont tombés sur le râble de tout leur poids, jouant avec elle une partie de flipper où elle a incarné la boule. D’emblée, sur la question des jurys populaires, proposés par Ségolène Royal, Fabius a stigmatisé cette « surveillance des élus qui introduisent une méfiance » et « ce populisme qui ferait le lit de l’extrême-droite ».
DSK a lui aussi chahuté vertement la Madone : « je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’on peut bâtir une société sur la suspicion généralisée : un immigré c’est un clandestin, un jeune est un délinquant, un élu est un corrompu… »
Ségolène, sourire pincé, en a pris pour son grade, prise en sandwich par ses deux concurrents. Elle a tenté de reprendre l’avantage mais a buté sur ses mots, manquant de peu un beau lapsus : « Je suis quelqu’un qui ne veut pas recon… revivre le 21 avril 2002. »
Elle a ensuite emprunté un long chemin détourné évoquant les inégalités sociales des catégories populaires, avant de s’emporter : « si on a peur du peuple, si on a peur des jurys citoyens… Parce qu’on va tirer quinze personnes au sort, les élus se sentiraient mis en cause ? »
Là, Ségo a perdu sa superbe sérénité. En haussant le ton, elle s'est montrée agacée, donc touchée. Certes, elle a témoigné ainsi de sa sincérité envers les classes défavorisées, mais elle s'est trompée de public. Il ne s’agissait pas de convaincre les Français. Il s’agissait de se montrer la plus forte, aux yeux des militants, car d'ici peu, c’est l’ogre Sarkozy qu’il faudra sans doute défier.
Un peu plus tard, elle a commis une autre erreur tactique. Interrogée sur sa proposition d’encadrer les mineurs délinquants dans des camps militaires, elle a recouru à l’euphémisme et parlé plutôt de "camps humanitaires encadrés par l'armée". Les deux éléphants ont immédiatement sauté sur l’occasion : « J'ai cru comprendre que maintenant, c'est l'encadrement humanitaire", a ironisé Fabius. DSK enfonçant le clou : « je ne partage pas l’avis de Ségolène à propos des camps militaires, ou humanitaires… »
Ségolène en voulant édulcorer son message pour le rendre plus « digeste », a montré surtout sa faiblesse et son manque de confiance en ses idées.
Enfin, excédée, chahutée, Ségolène a fait une troisième erreur : elle a mis en cause la loyauté de ses adversaires : « je souhaiterais revenir sur ce qui a été dit. Il est important qu’il y ait de la loyauté dans la formulation et dans ce qui est dit. » A ce moment-là, elle est passée pour une mauvaise joueuse qui refuse le score, au motif qu’il y a triche.
La favorite des sondages a donc pris quelques coups sur ce round, chose classique en politique. Mais plutôt que d’endurer les attaques avec calme et humour, elle a montré de l’énervement et c’est là que se trouve son talon d’Achille. Les ligués éléphants ne manqueront pas d’exploiter cette faille.
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