Clearstream : vers une extension de la saisine des juges ?
Clearstream : vers une extension de la saisine des juges ?Les auditions des parties civiles se poursuivent, avec Strauss-Kahn et Chevènement, et pourraient déboucher sur un élargissement de la saisine des juges Huy et Pons. Imad Lahoud ayant évoqué "sa relation avec les services de renseignements", la DGSE répond - et nie avoir recruté l'informaticien.
Dominique Strauss-Kahn a été entendu lundi par l'un des juges enquêtant sur le "corbeau" de Clearstream, suivi en fin d'après-midi par Jean-Pierre Chevènement. Candidat à l'investiture socialiste pour la présidentielle, le député du Val-d'Oise s'est constitué partie civile à la mi-avril afin d'avoir accès au dossier qu'il assimile à un "Watergate à la française". "M. Strauss-Kahn a confirmé aux juges sa qualité de victime. Il leur a demandé de s'assurer du nom des personnes qui ont fabriqué le listing sur lequel son nom apparaissait", a déclaré à la presse son avocat, Jean Veil. "Indigné" que son nom ait été "jeté en pâture", Jean-Pierre Chevènement est actuellement dans le bureau du juge.
Tous deux pourraient demander une extension des poursuites à "faux et usage de faux". Pour l'heure, les juges Huy et Pons ne sont en effet saisis que de faits de "dénonciation calomnieuse". Quoi qu'il en soit, l'extension de la saisine des juges semble déjà acquise, la société Clearstream ayant porté plainte fin avril pour "faux, usage de faux et vol". Selon une source judiciaire, le parquet devrait prendre des réquisitions pour l'extension de la saisine dès qu'il sera directement informé des demandes en ce sens.
Imad Lahoud "n'a jamais été recruté ni rémunéré ni mandaté" par la DGSE : Concernant un autre aspect de ce dossier très médiatique, à savoir les "fuites" de pièces du dossier dans la presse, deux juges d'instruction, Françoise Desset et Thomas Cassuto, ont été désignés pour enquêter sur la violation du secret de l'instruction. Ils devront tenter d'identifier les sources des "fuites". Le parquet a précisé que le réquisitoire introductif vise "18 articles publiés entre le 14 avril et le 12 mai 2006 dans différents quotidiens et hebdomadaires". Le ministre de la Justice Pascal Clément avait demandé jeudi dernier l'ouverture d'une information sur la violation du secret de l'instruction. Il avait aussi demandé une enquête interne sur les méthodes du juge Ruymbeke dans cette affaire - l'ajournement de la promotion du juge a été confirmée ce lundi par le ministère de la Justice, et selon une source proche du dossier, Renaud van Ruymbeke s'est longuement expliqué avec son supérieur hiérarchique.
Parallèlement, les déclarations publiques et démentis de parties prenantes au dossier se poursuivent. Une des personnes soupçonnées d'avoir participé à la manipulation, l'informaticien Imad Lahoud, a affirmé dimanche ne pas être le "corbeau", une accusation dont se défend également l'ancien dirigeant d'EADS Jean-Louis Gergorin. Imad Lahoud a dit s'être intéressé au listing Clearstream "au tout début de (sa) relation avec les services de renseignements français". Mais lundi, une source proche de la Direction générale de la sécurité extérieure a assuré qu'Imad Lahoud "n'a jamais été recruté ni rémunéré ni mandaté pour aucune mission en France", et n'a "jamais franchi le seuil des locaux" de la DGSE.
En janvier 2003, précise-t-on de source proche de la DGSE, "il a été demandé à la DGSE, d'entrer en contact" avec Imad Lahoud qui "prétendait pouvoir livrer des documents sur des opérations bancaires réalisées par Oussama ben Laden au début 2001". Mais les vérifications et la dizaine d'entretiens avec l'informaticien entamées par la DGSE n'auraient jamais rien donné. "Le 2 juillet 2003, il a donc été décidé de mettre fin à toute relation avec M. Lahoud en raison de l'absence totale de crédibilité de ses affirmations. Depuis cette date, il n'a plus jamais été revu par la DGSE".