Le "ras-le-bol" des policiers
Le "ras-le-bol" des policiersAlliance, premier syndicat de gardiens de la paix, s'insurge après la mise en examen "disproportionnée et injuste" de cinq policiers impliqués dans l'agression d'un jeune homme à La Courneuve. Ce jeune homme a lui-même été arrêté samedi, soupçonné d'avoir caillassé des pompiers.
Samedi matin, le jeune homme qui avait été roué de coups par des policiers lundi à La Courneuve a été interpellé à son domicile, au Bourget. Il est soupçonné d'avoir caillassé des pompiers dans la soirée de vendredi. Selon le directeur général de la police nationale Michel Gaudin, l'homme, âgé de 19 ans, aurait été reconnu parmi un groupe de jeunes jetant des pierres sur des pompiers venus éteindre un incendie de voiture au Bourget. La veille, cinq policiers impliqués dans cette bavure, filmée et diffusée par France 2, avaient été mis en examen à Bobigny. L'un des deux auteurs présumés des coups a été placé en détention provisoire, ce qui suscite l'indignation des syndicats de la police nationale. Les quatre autres policiers, poursuivis à des degrés divers, ont été placés sous contrôle judiciaire.
Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix, a fait état samedi d'un "ras-le-bol" des policiers, notamment après ces mises en examen, et a lancé un "appel au calme et au professionnalisme". "Il y a un état de tension très perceptible dans les commissariats et nous le comprenons", a déclaré Jean-Claude Delage, secrétaire général-adjoint du syndicat. "Nous appelons tous nos collègues au calme, à la dignité et au professionnalisme dont ils ont fait preuve depuis le début des émeutes", a-t-il ajouté. "Il faut continuer à assurer la sécurité de nos concitoyens et aussi celle de tous les policiers et gendarmes engagés dans la lutte contre ces violences urbaines", a-t-il précisé.
La section locale du syndicat policier, Alliance 93, a pour sa part annoncé samedi que les policiers de Seine-Saint-Denis étaient en "service minimum" à son appel, tout en continuant à s'occuper des violences urbaines.
Sarkozy accusé d'avoir "sacrifié" les policiers : Alliance a également réaffirmé que la décision de justice concernant les policiers de La Courneuve était "disproportionnée et injuste", surtout celle concernant le policier incarcéré dans cette affaire. Il demande qu'il soit placé sous contrôle judiciaire, ce qui pourrait "apaiser les esprits" dans les commissariats, a fait valoir Jean-Claude Delage.
Me Gilbert Collard, défenseur des policiers impliqués dans la bavure de La Courneuve, a pour sa part accusé samedi Nicolas Sarkozy d'avoir "sacrifié" ces policiers alors qu'il "pousse au crime" dans les banlieues. "D'un côté, on a un ministre de l'Intérieur qui finalement pousse au crime et qui de l'autre fait suspendre des policiers comme ça pour montrer qu'à peu de frais il y a la compensation démocratique", a déclaré l'avocat sur Europe 1. "C'est quand même scandaleux, a-t-il ajouté, qu'on reproche à des policiers dans un contexte d'émeutes des actes, dont on s'expliquera pour connaître leur étendue, sans tenir compte qu'il y a un ministre de l'Intérieur qui s'adresse à cette population des banlieues en parlant de 'racailles' et qui persiste".