Villepin critique les "jurys citoyens" sur la forme, pas le fond
Villepin critique les "jurys citoyens" sur la forme, pas le fondDominique de Villepin a critiqué, sur la forme, les "jurys citoyens" proposés par Ségolène Royal, mais pour mettre aussitôt ses pas dans ceux de la présidentiable socialiste favorite des sondages.
Le Premier ministre a ainsi annoncé, lors de sa conférence de presse mensuelle, que le prochain conseil interministériel sur l'Europe serait ouvert au public, pour preuve de sa volonté d'insuffler plus de "transparence" dans la vie politique.
"Je souhaite que les Français puissent voir comment nous défendons nos intérêt en Europe et comment chacun des ministres de la République vient apporter sa compétence et sa connaissance dans le cadre d'un tel conseil", a-t-il expliqué.
La proposition de Ségolène Royal "nous ramène à des expressions d'un autre âge et souvent funestes", avait-il dit auparavant, en invoquant le "Comité de salut public", symbole de la période la plus violente de la Révolution française.
"Tout ce qui prend une forme juridictionnelle (...) en court-circuitant le fonctionnement normal d'une démocratie à travers ses élus doit (...) faire l'objet d'une réflexion attentive", avait ajouté le Premier ministre.
En proposant des "jurys de citoyens" tirés au sort pour évaluer l'action des élus, Ségolène Royal a suscité un tollé à droite et chez ses adversaires du PS. Elle est cependant allée plus loin encore, mardi, en estimant que le conseil des ministres devrait être public.
Dans une interview publiée jeudi par le quotidien gratuit "20 minutes", elle estime que si le gouvernement avait testé le "contrat première embauche" (CPE) par un jury de 150 jeunes, il se serait épargné la crise sociale du printemps dernier. "Je ne suis pas sûr qu'il puisse y avoir un lien entre ces deux sujets", a commenté Dominique de Villepin.
Il a néanmoins admis que la démocratie devait être "renouvelée et renforcée" en France : "Une démocratie doit avancer à travers la transparence, le contrôle et la participation de tous", a expliqué le Premier ministre. Il a notamment déploré une "très grande méconnaissance", de la part des Français, du fonctionnement des institutions, qui peuvent parfois être d'une "très grande opacité" : "Nous avons tous un devoir démocratique d'ouvrir les portes (...) Nous avons donc besoin de bousculer les habitudes."
"IL FAUT QUE LES BASTILLES TOMBENT" : "Est-ce qu'il faudra un jour envisager qu'un conseil des ministres soit télévisé et que les Français ? (...) J'y suis favorable à une nuance près", a-t-il ajouté. "C'est qu'il y a (...) une partie délibérative qui (...) comporte une part de secret (...) Mais que chacun comprenne comment ça marche."
Il a assuré que, si la décision n'appartenait pas à lui seul pour le conseil des ministre, il aurait à coeur d'illustrer sa volonté d'améliorer la transparence des institutions "dans le cadre de conseils qui se tiennent à Matignon". "Il faut que les bastilles tombent. C'est bon pour les citoyens et, je vais vous dire, c'est bon pour l'administration, c'est bon pour les politiques", a-t-il ajouté.
Il a également plaidé pour un renforcement du "contrôle" des institutions, reprenant à son compte la notion, chère à Ségolène Royal, de "démocratie participative", en y ajoutant, comme une touche personnelle, celle de "démocratie consultative". "Il faut que ce contrôle soit plus fort", a-t-il souligné. "C'est peut être l'organisation, non seulement des démocraties participatives, mais d'une démocratie consultative."
Il a cité comme exemple de "démocratie consultative" les comités d'orientation pour l'emploi et pour les retraites. "C'est une idée à laquelle je suis très attaché depuis longtemps et que je crois que l'on doit développer, faire en sorte que puissent, préalablement à la décision, s'engager des consultations qui éclairent", a-t-il ajouté.
Dominique de Villepin, qui s'est dit "assez enclin au changement", a estimé qu'il fallait faire "preuve d'imagination" pour "organiser l'expression" du "citoyen sous ses différentes formes" et lui permettre d'"enrichir" les décisions et la vision du gouvernement. Mais "attention", a-t-il averti : "Avoir des citoyens pleinement acteurs de la démocratie, c'est différent que d'ériger des juridictions dont on a vu dans notre histoire qu'elles pouvaient conduire à des drames."
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