Clearstream : Le Monde met à mal la défense de Villepin
Clearstream : Le Monde met à mal la défense de VillepinSelon le journal, une note du général Rondot prouve que le nom de Sarkozy a bien été évoqué lors de la réunion du 9 janvier 2004 au Quai d'Orsay, ce qu'avait réfuté Villepin.
"Je suis un homme comme les autres. Je suis l'objet d'attaques incessantes, calomnieuses, injustes." Les traits tirés, le Premier ministre a réagi mercredi à l'Assemblée aux nouvelles accusations lancées mercredi par le journal Le Monde se disant "blessé" par ce "lynchage". "Ce n'est pas la rumeur qui fait la vérité, c'est la justice. (...) Personne plus que moi ne veut la vérité, personne plus que moi ne veut la justice", a-t-il souligné.
Dans son édition datée du 4 mai, le quotidien fait état de documents qui réfutent la défense formulée mardi sur Europe 1 puis à l'Assemblée nationale par le Premier ministre. Principal élément présenté par le journal : une "note personnelle" rédigée par le général Rondot le 9 janvier 2004 après une réunion avec Dominique de Villepin au Quai d'Orsay.
"L'enjeu politique : Nicolas Sarkozy" : Dans ce document saisi par les juges d'instructions lors d'une perquisition, il est établi que "dès cette date, le Premier ministre était informé de la présence d'hommes politiques sur les listings de Clearstream", écrit Le Monde. Or, Dominique de Villepin a assuré n'avoir eu connaissance de la mise en cause d'hommes politiques qu'à l'été 2004.
Dans cette note, Philippe Rondot écrivait notamment que le futur Premier ministre a évoqué des "réseaux tangentiels à explorer" autour de MM. Fabius, Pasqua, Strauss-Kahn et Marchiani, avant cette mention : "L'enjeu politique : Nicolas Sarkozy". Dans Le Figaro de mardi, l'ancien conseiller au ministère de la Défense affirmait que jamais Dominique de Villepin ne lui avait demandé, lors de cette réunion, d'enquêter sur Nicolas Sarkozy ou sur les hommes politiques figurant sur un listing censé émaner de la société financière Clearstream et faisant état de comptes bancaires à l'étranger. S'appuyant sur ces déclarations, le Premier ministre avait certifié mardi sur Europe 1 : "A aucun moment, le nom de M. Sarkozy n'a été évoqué".
Le démenti de l'Elysée : Autre document publié par le quotidien : de larges extraits des procès-verbaux de l'audition du général le 28 mars 2006 par les juges Jean-Marie d'Huy et Philippe Pons. Pour le journal, ces déclarations mettent notamment en évidence l'importance des "instructions du président de la République", "qui seules pouvaient justifier qu'un agent directement subordonné à la ministre de la défense puisse ainsi mener une enquête parallèle", écrit Le Monde.
Et de citer le général au paragraphe 6 : " M. de Villepin m'a alors fait part des instructions qu'il avait reçues au sujet de cette affaire de listings de comptes Clearstream, de la part de M. Chirac, président de la République. Ces instructions étaient les suivantes : (...) vérifier la validité de cette liste de comptes pour savoir si oui ou non les personnalités qui étaient citées possédaient un compte Clearstream (...)".
Mercredi en fin d'après-midi, l'entourage du chef de l'Etat a démenti une nouvelle fois que Jacques Chirac "ait demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques". Et de dénoncer des "feuilletons médiatiques. Dans un communiqué, Matignon avait dénoncé "l'exploitation faite à nouveau par Le Monde" de "propos tronqués, d'amalgames et d'interprétations" dans l'affaire Clearstream. Et de demander que toute la vérité soit établie et que soit mis fin aux mensonges et à la calomnie".
"Flagrant délit de mensonge" : Selon Le Monde, le général ajoute que "la consigne du président de la République était également d'agir avec précaution, discernement et discrétion car l'affaire était grave".
Si le porte-parole du parti socialiste Julien Dray a affirmé mardi, avant la publication de ces déclarations, que "le meilleur service" que rendrait Jacques Chirac serait "de s'en aller", l'opposition s'est généralement gardée de mettre en cause directement le président à partir de ces informations de presse. Mais elle a accentué sa pression pour qu'il contraigne à la démission son Premier ministre Dominique de Villepin. Le député Vert Noël Mamère a ainsi déclaré que l'affaire concerne "directement le président de la République qui couvre un Premier ministre pris en flagrant délit de mensonge".
Quant à Nicolas Sarkozy, il n'a pas relâché la pression, loin s'en faut, en déclarant mercredi : "La vérité doit être connue et elle le sera".