Le juge Burgaud va s'expliquer
Le juge Burgaud va s'expliquerLe magistrat en charge de l'instruction de l'affaire d'Outreau s'expliquera mercredi après-midi devant les députés de la commission d'enquête parlementaire. Seront présents 7 des 13 acquittés. Dès 15h35, suivez en direct sur tf1.fr l'édition spéciale de TF1 et l'audition du juge Burgaud. "Rien à cacher" : Le jeune magistrat, qui a souhaité une audition publique car "il n'a rien à cacher", ne s'est pas opposé à la présence des ex-accusés. Selon ses avocats, le juge n'a nullement l'intention de jouer "le rôle du fusible, du bouc émissaire". "J'ai demandé à plusieurs reprises aux juges compétents, la mise en détention des mis en examen. C'est toujours une décision difficile, mais je l'ai fait en conscience au vu des éléments du dossier", a-t-il déclaré dans interview exclusive à l'Express en janvier 2006. "J'estime avoir procédé aux vérifications et aux investigations qui s'avéraient nécessaires", "je me suis attaché aux éléments objectifs du dossier et non à des préjugés ou à des impressions". "J'ai le sentiment d'une profonde injustice. Je suis mis en position d'accusé (...) Ce serait la solution de facilité pour moi de présenter des excuses, comme si cela pouvait permettre d'occulter une discussion sur d'éventuelles responsabilités".
Allure fluette, cheveux bruns coupés court, visage juvénile, le juge Fabrice Burgaud s'apprête à vivre, à 34 ans, une épreuve inédite dans les annales de la justice. Mercredi, à partir de 16h30, il sera auditionné par les 30 députés qui composent la commission d'enquête parlementaire d'Outreau. Une audition retransmise pour la première fois en directe dans toute la France par les plus grandes chaînes de télévisions et tf1.fr. Ayant reçu des menaces, c'est escorté de deux policiers qu'il se rendra à ce rendez-vous.
7 des 13 acquittés présents : Cette commission est chargée de diagnostiquer les ratés de l'affaire Outreau et faire des propositions de réforme. Lors des précédentes auditions, les 13 acquittés ont désigné le juge Burgaud, chargé à l'époque d'instruire le dossier, comme le premier responsable de ce gigantesque fiasco judiciaire, même s'ils ont aussi reconnu qu'il n'était pas le seul à avoir failli dans ses fonctions. Ils lui ont notamment reproché d'avoir instruit "uniquement à charge", sourd à leurs protestations d'innocence, d'avoir fait pression pour qu'ils avouent des crimes sordides de viols d'enfants et de s'être laissé manipuler par la principale accusatrice de l'affaire, Myriam Badaoui.
La présence des acquittés à l'audition a suscité une vive polémique, certains craignant que cela ne tourne au "procès" du magistrat, aujourd'hui en poste au parquet de Paris. "J'imagine le juge Burgaud, seul face à la commission, avec dans son dos, la pression des 13 acquittés, témoins muets devenus à leur tour jurés. Cela me met mal à l'aise", a notamment déclaré l'abbé Dominique Wiel pour expliquer son absence. D'autres, comme Roselyne Godard, Odile Marécaux, David Brunet ou les époux Lavier, ont également choisi de ne pas assister à l'audition. Le président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré (UMP) s'est joint aux critiques, dénonçant "une mauvaise façon d'approcher la vérité", tandis que l'avocat de deux des acquittés, Eric Dupond-Moretti, parle d'"acharnement". A l'inverse, l'acquitté Alain Marécaux veut être présent. "Je veux entendre ses explications, nous ne serons pas là pour faire son procès", assure l'huissier. Au final, 7 des 13 acquittés seront présents.
L'ambiance s'annonce donc électrique. Le président de la commission, André Vallini (PS), a d'ores et déjà averti qu'il suspendrait l'audition "au moindre incident", rappelant si besoin en était que Fabrice Burgaud "ne vient pas comparaître devant un tribunal. Il vient s'expliquer devant une commission".
Inquiet, le CSM rappelle les règles du jeu : Outre le juge Burgaud, plus d'une soixantaine de magistrats doivent être entendus par la commission. Par mesure de précaution, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a rappelé que ces derniers sont tenus au secret professionnel lors de leur audition. Ce secret "est édicté non pas au profit du magistrat lui-même mais pour la protection de toutes les personnes intéressées au dossier dont il a la charge ", précise le CSM dans une lettre à l'Union syndicale des magistrats, transmise lundi. A la veille de l'audition du juge Burgaud mercredi, le CSM souligne par ailleurs que la commission "ne manquera pas d'observer une nécessaire retenue dans les questions posées de manière à éviter d'exposer les magistrats entendus au risque de transgresser leur secret professionnel".