"Il ne faut pas s'attendre à un débat d'idées"
"Il ne faut pas s'attendre à un débat d'idées"A quelques heures du débat du 2 mai, un coach en communication évalue les forces et faiblesses de chaque candidat. Et leur suggère quelques stratégies pour sortir vainqueur de cette confrontation. Stephen Bunard est coach en communication et pratique notamment le coaching politique. Son métier : aider ses interlocuteurs à mieux communiquer et à savoir parler avec assurance en public. Pour LCI.fr, il analyse les enjeux du débat qui opposera Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ce mercredi. Un débat qui sera diffusé en direct sur TF1 et LCI.fr à partir de 20h30. Quant à Ségolène Royal, elle revient de tellement loin en termes d'image, que si elle apparaît comme au moins capable de lui tenir tête, elle aura fait beaucoup de chemin. C'est en ce sens qu'elle peut surprendre.
LCI.fr : Le débat d'entre les deux tours est toujours un moment fort de l'élection présidentielle. En quoi consiste la préparation à cet exercice ?
"Les coachs sont un fantasme de journalistes"
Stephen Bunard : D'abord, c'est un fantasme de journalistes et du public de croire que les hommes politiques [d'un tel niveau] ont des coachs. S'ils en avaient, Sarkozy ne se servirait pas de sa main droite de cette façon qui affiche l'autorité, Royal n'aurait pas cette voix de crécelle et Bayrou ne commencerait pas ses phrases par "Ben...". Non, pour se préparer à faire passer leur message, ils s'entourent de gens en qui ils ont confiance : plutôt des proches, voire des conseillers en communication ou des publicitaires. Ce qui compte dans ce type de débat, c'est d'abord le non verbal, la gestuelle ; ensuite, la voix puis l'impact des mots.
LCI.fr : Que peut-on attendre d'un tel débat ?
S. B. : Il ne faut pas s'attendre à un débat d'idées. Ce qu'on attend, c'est la petite phrase ou le moment où l'un des débatteurs va flancher. Sarkozy et Royal vont se retrouver dans la position d'équilibristes qui cherchent à se déséquilibrer sans tomber.
LCI.fr : Comment se présente le duel Royal-Sarkozy ?
S. B. : La particularité du débat du 2 mai, c'est que vont se retrouver face-à-face deux politiques connus pour leur rigidité et leur ego développé. Cela va donc déjà être un peu difficile pour eux.
La force de Nicolas Sarkozy, c'est qu'on a l'impression que lorsqu'il dit quelque chose, il le fait ou il le fait dans la minute. C'est l'illustration de la phrase de Talleyrand : "On ne croit qu'en ceux qui croient en eux". Il a un côté "tripes sur la table". En même temps, le pire ennemi de Sarkozy, c'est lui : il a une capacité à facilement sortir de ses gonds. Or, face à une femme, chacune de ses agitations sera ressentie plus forte qu'en temps normal. A l'inverse, Ségolène Royal devrait opposer sa féminitude à cette énergie, à cette combativité.
"Au bout d'un moment, le naturel reprendra le dessus"
Sarkozy doit être dans une stratégie de jeu d'échec, où l'objectif est de mettre l'adversaire échec et mat, alors que Royal doit être dans une stratégie de jeu de go, où l'on peut perdre une bataille et gagner la guerre. Elle doit utiliser la force de Sarkozy contre lui. Par exemple, Sarkozy va l'amener à évoquer les questions internationales pour démontrer l'inexpérience de la candidate socialiste. Et bien, Royal devrait "accepter le combat" pour évoquer à son tour les positions de Sarkozy sur la guerre en Irak, sur les relations avec les Etats-Unis...
LCI.fr : A priori, le public sait que Nicolas Sarkozy est plus à l'aise à l'oral que Ségolène Royal. Dans quelle mesure leurs prestations respectives pourront-elles influencer les électeurs ?
S. B. : Le débat jouera sur les indécis, pas sur ceux qui ont déjà fait leur choix. C'est vrai que Nicolas Sarkozy part avec un avantage mais sa marge de manœuvre est assez réduite. Pour montrer qu'il sait garder son sang-froid, il va commencer à être tout doux, à faire l'agneau et, comme ce n'est pas sa personnalité, il va être mal à l'aise et au bout d'un moment, le naturel reprendra le dessus. Car son carburant, c'est l'énergie.