Un Sarkozy tranquille qui ménage Royal
Un Sarkozy tranquille qui ménage Royal Le candidat de l'UMP n'a pas abandonné sa pugnacité jeudi soir sur France 2 mais il a adopté un ton calme, évitant d'attaquer sa rivale socialiste.
Quitter les seuls habits de premier flic de France et son ton martial pour s'adresser posément à tousles Français, l'objectif du candidat Sarkozy était clair jeudi soir pour sa première grande prestation de télévision. Et réussi si l'on en croît les commentaires de la presse vendredi matin ainsi que les avis de nombreux internautes. Le président de l'UMP a pu rappeler pendant près de trois heures qu'il était un redoutable débatteur, répondant à des questions variées où il devait s'adapter en permanence. Assez tendu au début de l'émission, il a retrouvé très vite son aisance habituelle, n'hésitant pas à plaisanter ou jouer le registre de l'humilité. Son programme étant bien connu des Français, il a plutôt cherché à manifester dans ces circonstances de contact avec un public des capacités d'écoute, de simplicité et de parler franc qui ont fait sa popularité. Agitée depuis longtemps comme un leitmotiv, la "rupture" n'est plus synonyme de chambardement, le ministre de l'Intérieur la veut désormais "tranquille". Sur le fond mais aussi sur la forme.
Pour mieux contrer Ségolène Royal, dont son entourage juge la popularité actuellement "irrationnelle", Nicolas Sarkozy s'est interdit de la prendre de haut, lui réservant bien au contraire un traitement de gentleman. "Ne réduisez pas Ségolène Royal à son seul statut de femme, elle vaut mieux que cela", a-t-il déclaré d'emblée, prenant garde à ne pas s'attirer des accusations de machisme. Il s'est montré bien plus conciliant que ses dernières semaines envers sa très probable rivale en 2007, avec qui il s'est même trouvé des points communs. Il a reconnu qu'il y avait "sans doute" des cheminements parallèles entre le sien et celui de la candidate désignée par le PS, qui revendique comme lui le droit à la "différence". "Ce n'est pas un hasard si elle a gagné la compétition interne au Prti socialiste. Et ce n'est peut-être pas un hasard si j'ai gagné la compétition interne à l'UMP. Je n'étais pas prévu pour être le président de cette formation", a-t-il fait remarquer.
"Je ne comprends pas cette accusation de populisme" Nicolas Sarkozy est allé jusqu'à prendre la défense de la présidente de la région Poitou-Charentes contre ceux qui l'accusent de populisme. "Je ne comprends pas cette accusation de populisme. Lorsqu'elle a proposé un jury populaire, je ne suis pas d'accord avec cette proposition mais pourquoi la caricaturer en disant que c'est populiste ? Ça n'a pas de sens", a-t-il lancé. "Les responsables politiques ont le droit et je dirais même le devoir d'avoir des idées différentes et je n'aime pas les tenants de cette pensée unique, dès qu'il y a une idée différente il faut la démolir en disant qu'elle est populiste", a-t-il aussi souligné. Ses seules critiques ont porté sur le style de sa rivale, qui se targue d'être à l'écoute des Français, qualité que le président de l'UMP estime insuffisante à l'heure de solliciter les plus hautes fonctions.
"Je pense que le temps de l'écoute c'est bien,mais sur le bureau du président de la République il y aura le dossier iranien, il y aura la question de la sécurité de l'Etat d'Israël (...) celle de la patrie pour les Palestiniens, il y aura la question du Darfour où se préparer un véritable génocide, il y aura la question de la relance du processus européen", a-t-il fait valoir le ministre qui a dit préférer, lui, le dialogue "actif" à l'écoute "passive". "Est-ce que vous pensez vraiment qu'un président de la République peut se contenter de dire aux Français 'je vous écoute, qu'est-ce qu'on fait' ? Ou est-ce que vous ne croyez pas qu'il doit avoir une idée précise de comment on évite que l'Iran se dote de la puissance nucléaire ? Comment on évite que le conflit entre Palestiniens et Israéliens dégénère ?", a-t-il ajouté à l'adresse de la candidate socialiste, actuellement en tournée au Proche-Orient.
Début novembre, c'est avec des mots beaucoup plus durs qu'il avait dénoncé des propos tenus par Ségolène Royal sur le dossier du nucléaire iranien. Le président de l'UMP avait alors fustigé "la vacuité", les "erreurs invraisemblables" et le "manque de sérieux" de sa rivale. Il a compris depuis que ce genre d'attaques pendant la primaire socialiste lui avaient ouvert un boulevard.