Une nuit dans les cités avec les vigiles du GPIS :
Une nuit dans les cités avec les vigiles du GPIS : "Charly 04 pour Alpha 01", "Charly 04 pour Alpha 01". La radio du véhicule grésille : "demande de renfort sur le site Solidarité", une cité "sensible" du XIXe arrondissement de Paris. Mercredi, un soir de routine pour le GPIS, Groupement parisien interbailleurs de surveillance. Ce service privé a été créé il y a deux ans par l'Hôtel de Ville pour tranquilliser 62 000 logements sociaux de la capitale. "On est là pour permettre aux gens d'accéder à leur logement en toute sécurité", résume Thierry, un patrouilleur. Un agent : Ce soir là, une dizaine de jeunes sont rassemblés à l'entrée d'un immeuble sur le site Solidarité. Il est tard, ils parlent fort, un habitant du HLM a appelé le GPIS pour se plaindre. Par précaution, les agents viennent à plusieurs. Depuis quelques mois, les agressions à leur encontre se multiplient. Début octobre, cinq d'entre eux sont tombés dans un guet-apens, accueillis par des individus cagoulés, battes de base-ball en main. En deux ans, 55 agents ont été blessés.
LCI.fr a pu suivre une patrouille nocturne de ces agents chargés de la sécurité dans les 62 000 logements sociaux de Paris. Depuis quelques mois, les agressions à leur encontre se multiplient, début octobre, cinq sont tombés dans un guet-apens.
A trois par véhicule, une centaine d'agents effectuent des rondes dans le parc locatif de la capitale tous les soirs de 19 heures à 5 heures du matin. Dix arrondissements quadrillés 365 jours par an. Leur terrain d'action : 2554 halls d'immeubles avec caves, parkings et cages d'escalier. SDF qui squatte, alarme de la loge du concierge qui s'enclenche, ascenseur en panne, nuisance sonore : leurs raisons d'intervenir sont nombreuses. Et peuvent en déranger certains.
"Les mecs dans les halls ne vendent pasdes canards en plastique"
"On les perturbe dans leur activité", explique le directeur du GPIS. "Les mecs dans les halls ne vendent pas des canards en plastique, ce sont des sites avec beaucoup d'économie souterraine", ironise un agent. Avec leur uniforme bleu marine siglé, leur gilet pare-balles et radio de liaison et lampe-torche accrochées, l'arrivée de la quinzaine d'agents sur le site ne passe pas inaperçue. Un sacré matériel mais pas d'arme. Depuis peu, pourtant, ils réclament l'autorisation de porter des tonfas, ces grosses matraques utilisées par les CRS.
"Faites attention à vos têtes", prévient un des patrouilleurs. Les projectiles "tombent" souvent des balcons. "Pavé, bouteilles, on a même eu des boules de pétanque et des pavés", égrène, un peu amer un agent. Quand les hommes du GPIS s'approchent du bâtiment, les noms d'oiseaux fusent, les crachats pleuvent. Les jeunes les accueillent davantage le majeur dressé que les bras grands ouverts.
L'accueil du reste des locataires est nettement plus enthousiaste. "Ah vous êtes là, se réjouit une vieille dame. Vous devriez être là tout le temps, ils sont de plus en plus chiants. Moi je râle, on m'appelle l'emmerdeuse !" Et de s'engouffrer dans l'ascenseur en rigolant. Des agents partent inspecter les couloirs pour déloger les jeunes. Des sifflets retentissent. "Ils se préviennent entre eux de notre arrivée", traduit un patrouilleur resté dans le hall. Capuche sur la tête, cigarette roulée aux lèvres, un jeune homme passe. Il marmonne des insultes impossibles à retranscrire. Malgré l'odeur de cannabis qui embaume le couloir, le GPIS ne bronche pas. "On n'est pas là pour traquer les stupéfiants", précise l'agent.
Aux étages, des portes claquent, des cris retentissent. "L'emmerdeuse" ressort de l'ascenseur pour promener son chien. "Apparemment vous ne leur plaisez pas beaucoup, rigole-t-elle. Ils courent partout comme des moineaux". Au moment où elle sort de l'immeuble, les "moineaux" lui crachent dessus. La locataire rentre dix minutes après. "Apparemment, j'avais pas le droit de rire avec vous", dit-elle le sourire un peu gêné. Un jeune homme passe dans le hall et s'en prend verbalement à un agent du GPIS : "Oh tu me barres pas le chemin toi là !!" L'homme lui tenait la porte.
"Notre travail n'est pas le même que celui des policiers"
Thierry : Les provocations de ce genre sont fréquentes. "C'est parfois humiliant, usant mais l'essentiel c'est que chacun rentre chez soi en toute sécurité. C'est notre leitmotiv", martèle Thierry. Il ajoute : "Mais c'est vrai que parfois il faut des nerfs d'acier". Le mot d'ordre est au stoïcisme. Il est frappant, parfois bluffant. A chaque intervention, les bonsoirs fusent, la politesse est de mise. "Le vouvoiement permet de désamorcer pas mal de situation, justifie Thierry. Ca va peut être paraître un peu larmoyant mais ce qui me plaît dans ce métier, c'est la reconnaissance des habitants". Sourires francs, bonsoirs hauts, la satisfaction de la plupart des locataires est flagrante.
La majorité des interventions se déroule sans problème. Depuis la création du GPIS en 2004, pas un de ses agents n'a été mis en cause dans une procédure. "C'est vachement significatif", s'enorgueillit son directeur. Selon lui, l'une des clefs de cette "réussite" réside dans un "recrutement extrêmement strict" suivi d'une formation draconienne. Des centaines de formations théoriques et pratiques avec notamment des cours de droit pénal et un code de déontologie.
Des cow-boys sans pistolet ? Des policiers frustrés ? Le "non" est systématique et bien justifié dans la bouche des agents. "Notre travail n'est pas le même que celui des policiers. Nous ne dialoguons pas de la même manière avec la population. D'ailleurs les gens sont beaucoup plus réticents à aller vers les forces de l'ordre. C'est bien plus que de la surveillance, il y a un vrai contact avec les locataires", explique Thierry, ancien militaire. Il poursuit : "On a aussi un rôle d'assistant social, un rôle de prévention. La grande satisfaction de ce métier c'est quand on vient nous dire merci", dit-il visiblement sincère. "Charly 04 pour Alpha 01", "Charly 04 pour Alpha 01". Ceux qui préféreraient qu'on les appelle "ange-gardiens" plutôt que vigiles des HLM repartent vers une autre mission
Qui sont les agents du GPIS ? Recrutés parmi 11 000 candidats, les 127 agents du GPIS viennent d'horizons divers : gendarmerie, police, entreprises privées de sécurité. Il y a ceux aussi pour qui c'est un premier emploi. Moyenne d'âge de ces agents qui comptent 10% de femme dans leur rang : 25 ans. Ce qui les motive : le salaire -30% de plus que des agents de surveillance "lambda"-, les horaires (35 heures) et la déontologie avec ce qu'elle comporte : équité, transparence et respect d'autrui.