Jacques Chirac s'applique à parachever ses ultimes chantiers
Jacques Chirac s'applique à parachever ses ultimes chantiersNi bilan, ni testament. Loin du brouhaha de la pré-campagne présidentielle, Jacques Chirac s'attache à boucler un à un les dossiers de son deuxième mandat qui s'achève dans sept mois.
Finalisation du chantier sur la recherche, revalorisation des pensions des soldats des anciennes colonies, discours sur l'agriculture, prises de position internationales: le président a placé sa rentrée sous le signe de la visibilité active.
Si peu d'analystes parient sur un troisième mandat du chef de l'Etat, qui aura 74 ans en novembre, l'intéressé laisse planer le mystère. Il ne donnera sa réponse qu'au premier trimestre 2007, peut-être pas avant mars. Son mandat s'achève officiellement le 17 mai 2007.
"Je ne suis pas à l'heure du bilan, je suis à l'heure de l'action", disait-il lors de son intervention télévisée du 14 Juillet.
"On est responsable jusqu'au terme de son mandat, tout le reste c'est de la politique fiction", ajoutait-il avant d'énumérer les chantiers qu'il voulait voir rapidement achevés: réforme de la justice, actionnariat salarié, parité.
Il avait évoqué ce jour-là son souhait d'augmenter les pensions des ex-soldats de l'ancien empire colonial français. C'est chose faite depuis le 27 septembre. Après 47 ans de gel, les retraites et pensions d'invalidité de ces anciens combattants ont été mises au niveau de celles versées en France.
L'installation, deux jours plus tôt, du Haut conseil pour la science et la technologie, constituait le point d'orgue de son chantier pour la recherche et l'innovation, marqué par le vote de la loi sur la Recherche, en avril.
Début septembre, il est venu s'assurer lors d'une visite au centre de simulation nucléaire de Bruyères-le-Châtel (Essonne) que la France est dotée d'un système de dissuasion nucléaire "crédible, flexible et réactif".
Lors d'un discours prononcé jeudi dernier en Auvergne, il a dessiné les frontières de agriculture de demain, celle de la chimie verte et des biocarburants.
Prochain défi: la relance du dialogue social, thème du discours qu'il doit prononcer mardi au Conseil économique et social.
Ranger la maison France : A la question de savoir si ces interventions sont une manière de ranger la maison France avant de laisser les clés à un successeur, son entourage répond que son seul souci reste de servir ses compatriotes.
"Il ne ferme pas des tiroirs, au contraire il en ouvre de nouveaux", déclare un proche. "Il est dans sa fonction de président de voir un avenir pour la France, dans 20 ou 50 ans. On l'interprète maintenant au regard de l'approche de la présidentielle, mais en fait, c'est ce qu'il a toujours fait."
Ces derniers mois, Jacques Chirac a aussi été actif sur la scène internationale. Remis en selle par la crise du Liban, dont il a fait une affaire personnelle, il a haussé le ton sur d'autres dossiers diplomatiques.
A la faveur d'une visite d'Etat à Erevan, il a demandé, en des termes inouïs dans sa bouche, à la Turquie de reconnaître le génocide arménien de 1915-17 pour préserver ses chances d'entrer un jour dans l'Union européenne.
"Faut-il que la Turquie reconnaisse le génocide arménien pour entrer dans l'Union ? (...) Honnêtement, je le crois", a-t-il lancé après une visite au mémorial du génocide. "Tout pays se grandit en reconnaissant ses drames et ses erreurs."
Ses propos ont froissé Ankara. La presse turque a déploré qu'aux critères de Copenhague s'ajoute désormais le "critère Chirac", écrivait samedi dans Libération la romancière turque Mine G. Kirikkanat.
Lors du sommet de la francophonie de Bucarest, Jacques Chirac n'a pas caché sa colère de voir la Côte d'Ivoire s'enfoncer dans la crise qui la secoue depuis quatre ans. "Désespéré" par cette situation "désastreuse", il a souhaité un renforcement des pouvoirs du Premier ministre Charles Konan Banny, faisant éclater au grand jour son différend avec le président ivoirien Laurent Gbagbo.
D'autres propositions françaises ont eu moins d'écho, comme celles d'organiser une conférence internationale sur le Proche-Orient ou d'établir un ordre du jour pour débloquer le dossier du nucléaire iranien.
Des sujets sur lesquels il aura l'occasion de revenir, notamment lors de sa visite en Chine, à la fin du mois.
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