Royal en première ligne, "DSK", Fabius en embuscade
Royal en première ligne, "DSK", Fabius en embuscadeLionel Jospin disparu du tableau, Ségolène Royal se retrouve en première ligne de la course pour l'investiture présidentielle socialiste face à des adversaires persuadés de pouvoir récolter les fruits de ce retrait.
Le forfait, jeudi, de l'ancien Premier ministre, qui a exclu de soutenir la présidente de la région Poitou-Charentes, a permis une première décantation après des mois de lutte interne.
Jack Lang doit encore réunir les trente parrainages requis pour déposer sa candidature dans les temps, avant mardi prochain.
Quant à François Hollande, il a pris le risque de se disqualifier lui-même en exigeant le retrait de tous les autres présidentiables pour se lancer.
Pour les proches de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn, l'équation se réduit désormais à trois composantes : leur champion respectif et la favorite des sondages, qui doit tenir son premier "meeting de campagne" vendredi soir à Vitrolles (Bouches-du-Rhône).
Dominique Strauss-Kahn devrait officialiser sa candidature dans un quotidien de province vendredi avant d'expliquer sa décision à ses collaborateurs à Sarcelles et lors du "20 heures de TF1". Dimanche, l'ancien ministre de l'Economie sera l'invité du "Grand Jury" RTL-LCI-Le Monde.
Laurent Fabius devrait, lui, faire sa déclaration dimanche matin à Fleurance, dans le Gers, où il participe à l'université d'automne du collectif "Sauvons la recherche".
"Le jeu est très ouvert", assure Marie-Noëlle Liennemann, l'une des "équipières" de l'ancien ministre de l'Economie qui table pendant les six semaines de campagne ponctuée de six "débats de fond" sur une "polarisation Royal/Fabius".
Jospin a fait sa part de travail : "Plus on se rapproche de l'échéance, plus les adhérents vont aller au fond et se demander qui défend la vraie ligne de gauche", dit-elle. D'autant plus que Lionel Jospin a de nouveau exhorté les militants du PS à "s'extraire de la pression médiatique et à faire un choix politique".
Jean-Christophe Cambadélis, bras droit de Dominique Strauss-Kahn, reconnaît également les mérites du retrait "hypermédiatisé" de Lionel Jospin.
"Il interpelle les militants. Ils ne voulaient pas de lui comme président mais ils apprécient son sens éthique et politique, et ça va les faire réfléchir", explique le député de Paris.
Pendant la campagne, Dominique Strauss-Kahn va s'attacher à "montrer comment on combat Nicolas Sarkozy".
"Est-ce qu'on va lui dérober le feu sécuritaire", comme le fait selon lui Ségolène Royal, "est-ce qu'on s'enferme dans une opposition frontale la plus à gauche possible", incarnée par Laurent Fabius "ou est-ce qu'on adopte une ligne qui répond aux questions économiques et sociales" et dans ce cas-là, nul doute que les militants voteront "DSK".
Officiellement, les partisans de Ségolène Royal ne sont ni "surpris", ni "bouleversés" par l'annonce de Lionel Jospin.
"Aucune raison de relâcher le travail de fond" est leur nouveau mot d'ordre même s'ils pronostiquent à voix basse une victoire "encore plus acquise qu'avant" dès le premier tour de la primaire, le 16 novembre.
"Huit mois, c'est long" : D'aucuns regrettent même que le duel annoncé n'ait pas eu lieu. "Elle serait sortie plus forte d'un combat plus dur", assure l'un de ses proches conseillers.
En se retirant, Lionel Jospin "prend acte implicitement du fait que Ségolène Royal n'est pas seulement la candidate des médias et des sondages mais qu'elle bénéficie d'une forte reconnaissance dans le parti", se félicite Gaëtan Gorce, qui préside le "conseil politique" de l'élue poitevine.
Même constat pour le politologue Dominique Reynié. Lionel Jospin "c'est une belle tête dans le salon" de Ségolène Royal, avance-t-il.
Pendant trois mois, Lionel Jospin s'est installé dans un "duel" avec la dirigeante poitevine, mettant en avant son expérience et sa crédibilité d'homme d'Etat.
Aujourd'hui, "s'il renonce, c'est qu'il pense qu'il ne peut pas la battre. Cela veut dire que l'argument de l'expérience tombe pour tous les autres. Son renoncement contient presque celui de tous les autres".
Le retrait de Lionel Jospin "accentue le poids de la responsabilité" de Ségolène Royal, tempère cependant, sous couvert de l'anonymat, un député qui la soutient.
"Huit mois, c'est long. Il ne faut pas aller trop vite, ne pas griller nos cartouches", dit-il. "Nous sommes en première ligne, c'est la position la plus dure à tenir".
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