Villepin joue l'apaisement
Villepin joue l'apaisementUne réunion s'est tenue à Matignon au lendemain des propos controversés de Nicolas Sarkozy sur la justice.
Dominique de Villepin a présidé jeudi à la mi-journée une réunion sur la prévention de la délinquance avec les ministres de l'Intérieur, de la Justice et de la cohésion sociale. Une réunion impromptue, annoncée le matin par Jean-François Copé, et dont l'objet, selon le porte-parole du gouvernement, était "d'évoquer l'ensemble des politiques publiques qu'il convient de mettre en oeuvre (...) à la fois pour ce qui concerne la prévention de la délinquance et (...) pour tout ce qui concerne les dispositions relatives à l'égalité des chances, le développement économique et social."
Les ministres n'ont fait aucun commentaire à leur sortie. En revanche, à peine la rencontre terminée, Dominique de Villepin a souligné dans un communiqué l'engagement de tous les acteurs dans la prévention de la délinquance, évoquant en quelques mots "élus locaux", "préfets", "magistrats" et "forces de l'ordre". "Aucun acte de violence ne doit rester impuni dans notre pays", a affirmé par ailleurs le Premier ministre.
"Déclarations outrancières" : Cette réunion intervenait alors que Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation, a dénoncé jeudi la "nouvelle atteinte à l'indépendance de l'autorité judiciaire" de la part de Nicolas Sarkozy et a demandé à être reçu "par le Président de la République, garant de l'indépendance de la magistrature". "Une fois de plus, la presse de ce jour rapporte les termes provocants d'une intervention publique du ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, mettant en cause le fonctionnement de l'institution judiciaire", a écrit le plus haut magistrat du siège dans un communiqué.
Une réaction tout à fait exceptionnelle de la part du premier président de la Cour de cassation, et visant les propos prononcés la veille par le ministre de l'Intérieur à Bobigny, lorsqu'il a accusé une nouvelle fois la justice de la Seine-Saint-Denis de "démission" face aux délinquants. L'Union syndicale des magistrats (majoritaire), qui a elle-même publié jeudi matin un communiqué dénonçant "les déclarations outrancières du ministre de l'Intérieur", "s'est félicitée" à la mi-journée de la réaction du plus haut magistrat de France. Le bâtonnier de Seine-Saint-Denis a aussi fait part de son "indignation" et le procureur général près la Cour de cassation a annoncé qu'il se rendrait au TGI de Bobigny pour exprimer son soutien aux magistrats.
L'appel du CSM à Jacques Chirac : Car la polémique couvait avant même les derniers propos controversés du ministre de l'Intérieur : dès la semaine dernière, le Conseil supérieur de la magistrature avait remis au président de la République un avis dénonçant les atteintes à la séparation des pouvoirs par Nicolas Sarkozy, qui avait déjà critiqué en juin le tribunal de Bobigny.
Quant au ministre de l'Intérieur, après son passage mercredi à Bobigny, il se rendra aujourd'hui vers 17 heures à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, au chevet du capitaine de CRS Ludovic Aubriot, gravement blessé mardi soir à Corbeil-Essonnes lors d'un guet-apens.