L'affaire Grégory revient en justice avec un feuilleton télévisé

Publié le par Le Net Et Ses Dangers

  L'affaire Grégory revient en justice avec un feuilleton télévisé

L'affaire de l'assassinat en 1984 du petit Grégory Villemin, un des faits divers les plus médiatisés de l'histoire récente et jamais élucidé, est revenu devant la justice mardi en raison d'un litige sur un film de télévision.

Un feuilleton de fiction de six épisodes de 52 minutes, coproduite par les chaînes de service public français et la chaîne belge RTBF, retrace l'histoire de l'enquête sur la mort de ce garçonnet de quatre ans retrouvé noyé, pieds et poings liés, le 16 octobre 1984 dans une rivière, la Vologne, près de Lépagne-sur-Vologne (Vosges).

Le tribunal de Nancy, saisi en référé par deux protagonistes de l'affaire qui veulent obtenir un visionnage préalable, a fixé mardi au 3 octobre son jugement. France 3 et la RTBF, qui devaient programmer l'oeuvre en septembre, attendront sans doute le jugement pour la diffusion.

L'affaire avait connu de multiples rebondissements. Bernard Laroche, cousin du père de l'enfant Jean-Marie Villemin, fut inculpé et écroué avant d'être remis en liberté, puis lui-même tué par Jean-Marie Villemin. Ce dernier a été condamné pour ce crime à cinq ans de prison dont quatre ans ferme.

Christine Villemin, mère de l'enfant fut à son tour inculpée en 1985 pour le meurtre de l'enfant avant de bénéficier d'un non lieu en 1993 pour "absences de charge".

Les avocats de Marie-Ange Laroche, veuve de Bernard, et Michel Villemin, frère de Jean-Marie Villemin, ont expliqué mardi au tribunal que cette oeuvre de fiction était susceptible de "créer des troubles à l'ordre public".


"PROTEGER LA DIGNITE" DE LAROCHE :
  "Nous ne sommes pas des censeurs. Nous demandons juste à voir le film parce que nous avons peur que de nouveaux troubles arrivent", a dit Me Gérard Welzer, avocat de Marie-Ange Laroche.

Marie-Ange Laroche a expliqué sa démarche à la barre. "Je veux protéger la dignité de Bernard et celle de mes enfants parce que je ne veux pas qu'ils vivent ce que j'ai vécu pendant 22 ans", a-t-elle déclaré, en larmes.

Elle réclame un moratoire de trois mois avant la diffusion du feuilleton.

Me Welzer a par ailleurs demandé communication des contrats liant la maison de production Studio International à la mère de Grégory, Christine Villemin, et à l'ex-journaliste d'Europe 1 Laurence Lacour, dont les livres ont inspiré le scénario.

Me Alain Behr, avocat de Michel Villemin, l'oncle de Grégory, a formulé les mêmes demandes.

"Les ouvrages en question présentent une vérité du dossier, celle de la culpabilité de Bernard Laroche, et cela induit la complicité supposée de Michel Villemin", a-t-il expliqué.

Au nom de Studio International, Me François Pouget s'est élevé contre ce qu'il a assimilé à une tentative de censure.

"Il n'y a pas de censure en France. Il ne peut y avoir de sanction qu'a posteriori, après la diffusion", a-t-il affirmé.

Avocate de France 3, Me Nathalie Faussat s'est demandé "en quoi la série télévisée constitue un trouble particulier alors que l'affaire depuis vingt ans n'a cessé d'être médiatisée".

Producteurs et diffuseurs disent s'être intéressés à l'affaire car elle pose le problème plus général du fonctionnement de la justice. Comme dans le scandale récent de l'affaire Outreau, un juge d'instruction, Jean-Michel Lambert, les enquêteurs, mais aussi les médias ont été mis en cause pour leurs erreurs ou leurs procédures.

Un témoignage mettant en cause Bernard Laroche comme le meurtrier et ce qui était présenté comme une preuve matérielle - une lettre anonyme de l'assassin attribuée formellement par des experts à Bernard Laroche - ont notamment été retirés du dossier pour vices de forme.
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Publié dans Faits divers

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