Alcool : les Français continuent de trinquer
Alcool : les Français continuent de trinquerAlors que la consommation d'alcool a baissé, entre 22.000 et 45.000 Français succombent chaque année à ses ravages. Les chercheurs pointent l'impact de ce qu'ils appellent la "consommation problématique".
Les Français consomment deux fois moins d'alcool qu'il y a près de 50 ans et pourtant, ils sont toujours des dizaines de milliers à succomber aux ravages du vin, de la bière et des autres liqueurs. Un paradoxe apparent que détaillent les autorités sanitaires mardi dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).
En 2002, l'Inserm a recensé plus de 22.000 "décès directement imputables à l'alcool", c'est-à-dire résultant de cirrhose (8.515), cancers des voies aérodigestives supérieures (10.481) et psychose alcoolique. Mais, dans une autre étude, les chercheurs ont comptabilisé 45.000 décès annuels pouvant avoir l'alcool comme "cause associée", dont 7.100 accidents et empoisonnements, 7.600 dus à des maladies cardiovasculaires et 16.000 à des cancers des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, oesophage, larynx).
"Consommation problématique" : Près de 10 millions de Français consomment de l'alcool au moins trois fois par semaine et 6,4 millions tous les jours. Trois "buveurs" quotidiens sur quatre sont des hommes, rappelle l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). Les consommateurs quotidiens se recrutent beaucoup chez les 65-75 ans (56% des hommes et 20% des femmes). Les 20-25 ans sont moins nombreux à boire de l'alcool chaque jour ; en revanche, ils sont ivres plus fréquemment que leurs aînés, selon le Baromètre santé 2005. D'où la notion de "consommation problématique" à prendre comme indicateur, selon les chercheurs, plutôt que de se référer à la consommation régulière.
Exception faite des femmes enceintes (lire l'encadré ci-dessous), les dangers d'une consommation d'alcool inférieure à 20 grammes par jour (moins de deux verres) semblent minimes. De 20 à 50 grammes par jour, les risques de cirrhose et de complications cardiovasculaires (hypertension artérielle, accident vasculaire cérébral) sont accrus. Au-delà de 50 g/jour, ces risques sont amplifiés, et celui de développer un cancer des voies aérodigestives supérieures double par rapport aux non-consommateurs d'alcool. Par ailleurs, plus de 2.200 décès annuels sur les routes françaises sont attribuables à l'alcool, selon l'étude SAM (2001- 2003).
Premier objectif de la loi de santé publique du 9 août 2004 : diminuer de 20% la consommation annuelle moyenne d'alcool par habitant. Il faudrait la faire passer de 10,7 litres d'alcool pur par an et par habitant en 1999 à 8,5 litres d'ici 2008. L'interdiction générale de la vente d'alcool aux moins de 16 ans serait diversement interprétée et appliquée par les débiteurs de boissons. D'où la nécessité, souligne dans le BEH le directeur général de la Santé Didier Houssin, "de rappeler les termes de la législation, voire de poser la question de sa clarification".
Grossesse sans alcool : Du 13 septembre au 16 octobre, l'Institut national de prévention et d'éducation pour la Santé (Inpes) lance une campagne d'information intitulée : "Zéro alcool pendant la grossesse". L'alcool est un produit toxique pour le foetus à tout moment de la grossesse, rappelle l'Inpes. Une consommation, même ponctuelle ou modérée, d'alcool pendant la grossesse n'est pas anodine et peut entraîner des risques importants pour l'enfant à naître. D'après une expertise collective réalisée par l'Inserm en 2001, 700 à 3.000 enfants sur les 750.000 naissances annuelles seraient concernés par un syndrome d'alcoolisation foetale grave. Ce syndrome est la première cause non génétique de handicap mental chez l'enfant.