L'expérience des survivants du 11/9 disséquée pour sauver d'autres vies
L'expérience des survivants du 11/9 disséquée pour sauver d'autres viesLe témoignage des survivants des attentats du World Trade Center, le 11 septembre 2001 à New York, pourrait permettre de sauver des vies à l'avenir, estiment des spécialistes du comportement qui dissèquent chaque minute de centaines d'expériences croisées.
En une heure de temps, entre 13.000 et 15.000 personnes ont réussi à échapper à l'enfer des tours jumelles, soit "l'une des évacuations d'immeuble les plus importantes des temps modernes", souligne Ed Galea, professeur de modélisation mathématique à l'université Greenwich de Londres.
De cette accumulation unique d'expériences, l'équipe du professeur Galea espère déduire les comportements possibles lors de catastrophes dans ce type de construction, explique-t-il.
Un modèle informatisé doit en être extrait d'ici 14 mois, qui pourra servir d'outil pour adapter l'architecture des gratte-ciel, former les sauveteurs et définir des plans d'évacuation.
Le 11 Septembre n'a rien changé à la frénésie de construction de tours dans le monde, ni à la course au record de hauteur. Les villes de notre planète comptent plus de 106.000 immeubles de 12 étages ou plus, dont 31% en Asie, selon le cabinet d'étude Emporis Buildings (www.emporis.com).
Plus de 9.000 tours sont en cours de construction et des projets ont été déposés pour 7.700 autres.
Les tours jumelles du World Trade Center comprenaient chacune trois cages d'escaliers, enroulées autour d'un noyau central. Mais l'agencement des bureaux était laissé à l'appréciation de chacune des entreprises qui les occupaient, de même que les stratégies d'évacuation et la formation des employés.
Aussi les témoignages de quelque 300 survivants, recueillis par l'équipe du professeur Galea, montrent-ils une grande diversité de réactions.
Le 11 septembre, certains ont immédiatement cherché à quitter les lieux. D'autres ont hésité, des employés poursuivant même leur travail en attendant des instructions.
Certains sont partis seuls, d'autres sont restés en groupe. Certains, qui avaient vécu un précédent attentat à la bombe en 1993 contre le World Trade Center, connaissaient les consignes d'évacuation. D'autres n'avaient pas la moindre idée de l'attitude à adopter.
C'est pourtant de ces décisions, souvent prises en un instant, que dépendaient leurs chances de survie.
Lors de trois heures d'interrogatoire précis, les survivants ont retracé pas à pas leurs actions, mais aussi leur perception du danger, le rôle de l'architecture ou l'influence d'autres personnes dans le trajet qui les a conduits à l'abri.
Des résultats préliminaires d'autres études comportementales, menées par les autorités sanitaires américaines (Centers for Disease Control, CDC) et par l'université de Columbia, il ressort que le niveau d'information a été déterminant.
Chacun devait en effet décider de s'engager ou non dans d'insondables volées de marches, sans savoir si le danger en aval était plus grand que la menace immédiate. Tous les survivants qui avaient vu un des avions s'écraser dans leur tour, perçu l'impact sur l'immeuble ou senti les émanations de kérosène ont immédiatement évacué.
En l'absence d'information, voire en présence de consignes leur enjoignant de ne pas quitter leur place, les autres ont hésité. Parfois, la peur de désobéir au patron a été fatale.
Côté architecture, des études recommandent déjà d'installer les escaliers à la périphérie des tours, afin d'éviter un effondrement vers l'intérieur. Des ascenseurs dédiés à l'évacuation, isolés de la fumée et protégés par des pare-feu, pourraient constituer une autre solution.
En tout état de cause, estime Monica Gabrielle, veuve d'une des victimes et co-responsable du groupe de pression Skyscraper Safety Campaign, "l'enseignement du 11 Septembre, c'est qu'on ne peut plus se contenter des standards minimum".
Publicité