Santé des rescapés, sort des disparus, le sombre legs de Ground Zero
Santé des rescapés, sort des disparus, le sombre legs de Ground ZeroSanté des secouristes, sépulture appropriée, énigme des disparus: des questions poignantes restent en suspens à New York, site le 11 septembre 2001 des attentats les plus meurtriers de l'Histoire.
En cinq ans, bien des problèmes épineux ont été réglés. Victimes et familles de disparus ont été indemnisées par un Fonds fédéral, renonçant à poursuivre les sociétés impliquées dans le drame (compagnies aériennes, sécurité aéroportuaire). La construction du mémorial a commencé.
Mais avec les années, d'autres aspects du sombre héritage émergent. Source de préoccupation majeure: la santé des personnels intervenus dans les décombres.
Plusieurs plaintes sont en cours, déposées notamment contre l'Agence de protection de l'environnement, organisme fédéral dont la responsable, une semaine après le drame, rassurait les riverains sur la qualité de l'air.
Selon l'hôpital de Mount Sinaï, qui a examiné des milliers de sauveteurs, 60% avaient des problèmes respiratoires des mois après et une moitié souffrait de détresse mentale. Des milliers sont encore traités et d'autres en ont besoin mais, faute de moyens, l'hôpital leur oppose une liste d'attente de 4 mois.
La polémique a été relancée vendredi par l'ancienne directrice de l'EPA, Christine Todd Whitman: elle a accusé la municipalité de New-York de ne pas avoir fourni les masques respiratoires qui auraient pu protéger les sauveteurs.
"Nous avons tout fait pour protéger les gens, de la meilleure façon possible, qui était de communiquer avec les services chargés de faire respecter nos recommandations", a assuré Mme Todd Whitman sur la télévision CBS.
Le rapport d'autopsie établi après le décès en janvier d'un policier de 34 ans, mort d'une série de maladies digestives et respiratoires, a été le premier à établir officiellement un lien entre un décès et les heures passées à Ground Zero.
"Les matériaux sont partis en micro-particules, entrant facilement dans les poumons", explique le Dr Stephen Levin, responsable du programme World Trade Center à Mount Sinaï, citant les vapeurs d'acide issu de la combustion du PVC et de l'amiante.
Le monde médical craint des cancers d'ici 15 à 20 ans.
Au total 40.000 personnes ont déblayé le site, jusqu'en mai 2002, la plupart sans masque, au milieu d'incendies dont certains n'ont pu être éteints avant décembre 2001.
Le spectre du 11-Septembre fait aussi son retour à travers une autre polémique. Des familles viennent de porter plainte contre la ville, arguant que la décharge de Fresh Kills, qui accueille les gravats des tours jumelles, contient des centaines de restes humains
Selon leur avocat, Norman Siegel, un mois s'est écoulé après l'attentat avant que des entreprises spécialisées n'interviennent pour recueillir les morceaux de dépouilles et permettre leur identification.
"Les droits des 1.152 familles qui n'ont jamais reçu aucun morceau de dépouille sont bafoués", dit-il. "La ville n'a jamais impliqué les proches sur le sort des débris. Leurs droits religieux aussi sont méprisés, un dépotoir n'est pas une sépulture".
Dans un communiqué, la ville explique avoir mené "de vastes efforts" pour trier au mieux les gravats, et traité "les restes de manière respecteuse".
Aujourd'hui, une grosse moitié des 2.749 morts de New York ont été identifiés. Les autres ont été inclus dans le bilan en fonction de présomptions: disparition ce jour-là, présence dans le quartier, etc.
Ce manque de traces laisse ouvertes bien des questions, comme pour la famille de Sneha Philip, disparue près du World Trade Center depuis le 10 septembre 2001 au soir et finalement exclue de la liste des défunts début 2004.
Pour la police, la jeune femme menait une double vie. Mais ses proches la croient morte dans les tours en voulant porter secours. Ils espèrent que des bijoux retrouvés dans les décombres prouveront que Sneha était une héroïne, comme le relève le magazine "New York".
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