Une baleine en plein Londres
Une baleine en plein LondresUne baleine a été observée vendredi nageant dans la Tamise à Londres. Les experts affirment qu'il s'agit d'une baleine à bec, jamais vue auparavant dans le fleuve britannique.
Une baleine à bec nage vendredi en début d'après-midi dans la Tamise en plein cœur de Londres. Selon Richard Sabin, expert du Muséum d'histoire naturelle de Londres, ce serait la première fois que cette espèce de cétacé aurait été repérée depuis le début des observations dans la Tamise en 1913. La présence de deux baleines avait été signalée jeudi dans le fleuve.
La chaîne britannique d'information Sky News a montré des images de l'animal, nageant à hauteur du quartier de Battersea, à l'ouest de la capitale britannique. La baleine s'est échouée à au moins deux reprises, gênée par le niveau des eaux dans l'estuaire à marée basse. A chaque fois, on l'a vue tenter de se dégager par des contorsions. Des personnes n'ont pas hésité à entrer dans l'eau et à repousser l'animal en faisant des moulinets avec les bras, tandis qu'on voyait l'eau se colorer de sang. L'un de ces sauveteurs improvisés a ensuite indiqué que la baleine avait une plaie apparemment infectée, qu'elle semblait très faible et désorientée.
Pendant que la foule se pressait peu à peu sur les quais de la Tamise, les spécialistes se demandaient comment la baleine avait bien pu passer la Thames Barrier, un barrage sophistiqué mis en place en aval de la ville, à l'entrée de l'estuaire, pour protéger Londres des fortes inondations. La baleine a fait demi-tour et redescendait la Tamise, sous la protection de bateaux de la police fluviale.
"Vraiment très rare" : "C'est un événement vraiment très rare", confirme à tf1.fr Jérôme Spitz, biologiste , à La Rochelle. La population d'hyperoodons [le nom latin de cette espèce, lire l'encadré ci-dessous] est relativement faible et donc l'espèce peu connue, précise-t-il. "Ce groupe de cétacés est souvent victime d'échouages massifs lors des essais de sonars", notamment ceux effectués par la Marine américaine, indique le biologiste.
Retrouver un cétacé dans de l'eau douce n'a rien d'exceptionnel, souligne-t-il : "L'eau n'est qu'un 'support' pour les mammifères marins ; il existe d'ailleurs des dauphins d'eau douce en Asie et en Amérique du Sud". En Europe, ajoute Jérôme Spitz, "la présence de mammifères marins dans les fleuves est freinée par la pollution et le développement des activités humaines".
Rare et menacée : La baleine à bec commune peut mesurer jusqu'à 7 à 10 mètres à l'âge adulte et peser jusqu'à 6 à 8 tonnes. Elle vit dans les régions septentrionales de l'Atlantique Nord, au large de la Norvège, de l'Islande, du Groenland et du Labrador (Canada). Ressemblant physiquement à un dauphin en raison de son bec, l'hyperoodon ampullatus en latin ou Northern bottlenose whale en anglais, serait un dauphin primitif qui se déplace généralement en petits groupes, sauf les mâles adultes qui peuvent se trouver seuls hors des périodes de reproduction. Ces derniers ont le front proéminent ou bombé ou bulbeux, que l'on appelle "melon", et plus prononcé que les femelles. Les mâles ont des dents, qui ne sortent généralement pas chez les femelles. Cette espèce peut plonger jusqu'à 1.000 mètres de profondeur, et y demeurer plus longtemps que n'importe quel autre cétacé, parfois plus d'une heure, en quête de nourriture. Il s'agit d'une espèce en péril, en raison de la chasse dont elle a fait l'objet depuis le XIXe siècle. Les activités humaines telles que le transport maritime, la pêche, l'exploration et l'exploitation pétrolières perturbent également ces baleines, apparemment particulièrement sensibles au bruit.