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Pédophilie

Lundi 22 août 2005

'PEDO-PORNOGRAPHIE ET PEDOPHILIE SUR INTERNET' :
Recommandation du droit sur l'internet

Consacrée à la prévention et à la lutte contre la pédo-pornographie et la pédophilie sur l'internet, la recommandation publiée aujourd'hui par le Forum des droits sur l'internet est le fruit de près d'un an de travaux d'un groupe de travail constitué de représentants des pouvoirs publics, des acteurs économiques et des associations concernés

Points clés de la Recommandation :


Pédo-pornographie : un phénomène important et diffus sur internet.

Pédophilie sur internet : un sujet de préoccupation, encore mal évalué.

Principales mesures proposées :


            Pouvoirs publics
: lancer une étude sur les risques encourus par les jeunes ; renforcer des moyens des services d'enquête ; constituer une base d'informations mutualisée entre services d'enquête ; sécuriser la situation juridique des enquêteurs ; renforcer la coopération internationale ; lancer une vaste campagne de sensibilisation du public.

           Fournisseurs d'accès à l'internet et de services en ligne
: généraliser le lien "protection de l'enfance" et les meilleures pratiques ; encourager la vigilance des jeunes sur les services interactifs ; mettre en place un adulte référent sur les forums de discussion ; permettre le blocage des contacts indésirables sur les chats et la messagerie instantanée.

          Grand public
: mobiliser les associations familiales pour responsabiliser davantage les parents.

En quelques années, l'internet est devenu le média favori des jeunes, devançant même la télévision selon certaines études. Dans le même temps, les risques pour les jeunes d'y faire de mauvaises rencontres ou d'être exposés à des contenus préjudiciables inquiètent l'opinion.

Ce rapport établit, pour la première fois en France, une analyse objective et raisonnée des risques d'atteintes sexuelles sur mineurs par le biais de l'internet. Il distingue les deux phénomènes que sont, d'une part, la diffusion de contenus pédo-pornographiques sur l'internet et le risque de contacts pédophiles, d'autre part.

"Les risques de pédo-pornographie sur internet existent et c'est inacceptable. Je remercie le Forum de son travail qui s'intégrera dans une réflexion plus globale sur la protection de l'enfant par rapport à internet dans le cadre de la Conférence sur la Famille", a déclaré Philippe Douste-Blazy, ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille.

"Il est important que tous les acteurs français de l'internet se mobilisent dans la lutte contre ces contenus illicites et les comportements abusifs. Au plan européen, le renforcement de la coopération est nécessaire pour faire de l'Europe le territoire le plus sûr de l'internet pour les enfants" a déclaré Isabelle Falque-Pierrotin, Présidente du Forum des droits sur l'internet.

Mandaté par le ministre de la Famille dès 2003 sur la question de la protection de l'enfance sur l'internet, le Forum avait remis un premier rapport en février 2004, "
Les enfants du Net - I
" (pornographie, violence).  

Pédo-pornographie : un phénomène important et diffus sur internet

Certains experts estiment que près d'un million d'images pornographiques représentant des mineurs sont en circulation permanente sur le réseau. Les serveurs commerciaux d'images pédo-pornographiques sont rarement situés en France ou en Europe, mais plutôt aux Etats-Unis, en Russie et en Asie.
Toutefois, des internautes français diffusant de tels contenus, notamment sur les réseaux peer-to-peer et IRC, sont fréquemment identifiés par les autorités.


Législation : un dispositif spécifique existe dans la plupart des pays concernés

La France est dotée d'un dispositif pénal complet permettant de lutter contre la diffusion de ce type de contenus. Parmi les Etats du G8, seule la Russie n'a pas de législation spécifique sur cette question. 

Pédophilie sur l'internet : un phénomène encore mal évalué

Les jeunes sont les premiers utilisateurs des applications et services interactifs de   l'internet (messagerie électronique, instantanée, forums, chats), y compris depuis leurs mobiles. Certains pédophiles utilisent sans doute l'internet pour identifier et contacter des mineurs. Toutefois, l'ampleur de ce phénomène est difficile à évaluer.

On relève peu de cas avérés et de décisions de justice se rapportant à des agressions sexuelles de mineurs suite à des contacts sur l'internet. En novembre 2004, le tribunal de grande instance de Brest a condamné un homme à trois ans d'emprisonnement, dont 18 mois de sursis, pour avoir eu des relations sexuelles avec une mineure rencontrée sur l'internet. D'autres affaires sont en cours d'instruction. Selon un récent rapport, la presse britannique aurait rapporté près de 30 affaires de ce genre au cours de l'année 2003. 

Points clés de la Recommandation

Le plan d'action proposé dans cette Recommandation du Forum des droits sur l'internet est le fruit du consensus de nombreux acteurs concernés venus d'horizons différents : pouvoirs publics, acteurs économiques, monde associatif.

Le Forum demande en premier lieu aux pouvoirs publics de favoriser une meilleure connaissance des risques que les jeunes peuvent encourir sur l'internet et des usages criminels de l'internet (création d'indicateurs statistiques spécifiques).

En matière de lutte contre la pédo-pornographie, les recommandations se concentrent sur les moyens de renforcer l'application sur l'internet du dispositif répressif existant.
Concernant la prévention de l'utilisation de l'internet pour préparer une atteinte sexuelle sur un mineur (pédophilie), les recommandations s'articulent autour d'une vaste campagne de sensibilisation et d'éducation, ainsi que de la mise à disposition par les acteurs d'outils favorisant la maîtrise des usages pour les enfants comme pour leurs parents.

Ces recommandations vont servir de base aux réflexions du groupe de travail sur la protection de l'enfance lancé à l'initiatitive du ministre des Solidarités, de la Santé et de la Famille, en vue de la Conférence de la Famille (Printemps 2005).

Le Forum des droits sur l'internet entend poursuivre sa réflexion sur l'usage de l'internet par les jeunes en engageant des travaux sur "les jeunes et l'internet mobile".

Principales recommandations du Forum des droits sur l'internet

La lutte contre la pédo-pornographie et la pédophilie sur l'internet nécessite la mise en œuvre d'une combinaison de réponses de la part des pouvoirs publics, des acteurs économiques et des utilisateurs. A titre préalable, il est nécessaire d'acquérir une meilleure connaissance des risques que les jeunes peuvent encourir sur l'internet  et des usages criminels de l'internet (création d'indicateurs statistiques spécifiques par les pouvoirs publics).

Pédo-pornographie

• Renforcer les moyens de procédure des enquêteurs

Sécuriser la situation juridique des enquêteurs : leur permettre, sous contrôle judiciaire, d'avoir recours à une identité fictive et de réaliser des opérations de paiement pour accéder à certains serveurs de contenus pédo-pornographiques (extension du champ de la loi Perben II du 9 mars 2004 ou création de dispositions spéciales).

• Améliorer l’organisation des services répressifs

Tout service d'enquête est potentiellement fondé à se saisir d'une affaire de pédo-pornographie sur l'internet ; un fort besoin de coordination de l'action des services s'exprime en ce domaine. Le nouveau pôle de compétence chargé de la veille des contenus pédo-pornographiques (Gendarmerie nationale) pourrait mutualiser les informations relatives à toutes les enquêtes en matière de pédo-pornographie sur l'internet, et permettre à tous les services concernés, aux niveaux national et international, d'y accéder.

• Former enquêteurs et magistrats à la recherche d'infractions sur l'internet

Le Forum approuve résolument le projet du ministre de l'Interieur, Dominique de Villepin, de renforcer les équipes des enquêteurs spécialisés. Le Forum recommande que des magistrats référents en matière de cybercriminalité renforcent les effectifs de chaque ressort de Cour d'appel

• Généraliser les bonnes pratiques de certains fournisseurs de services internet en matière de lutte contre les contenus illicites

Le Forum recommande la généralisation des bonnes pratiques décrites dans la Charte signée par les membres de l'AFA sous l'égide du ministère de l'Industrie en juin 2004 (liens vers formulaires de signalement de contenus illicites, coopération accrue avec les autorités policières et judiciaires …).

• Renforcer la coopération internationale

Il existe des outils de coopération policière et judiciaire internationale en matière de lutte contre les contenus pédo-pornographiques.

Certains de ces outils restent à mettre en application :
- Convention Cybercrime : Le Forum recommande que la France ratifie rapidement la Convention du Conseil de l'Europe sur la cybercriminalité (novembre 2001), et qu'elle promeuve le traité auprès des Etats non-signataires (Russie).
- Convention d'entraide : La France devrait ratifier au plus tôt la Convention d'entraide de l'Union européenne du 29 mai 2000.

Pédophilie

• Ouvrir un débat sur l'éventuelle évolution du droit pénal


Il n'existe pas, en droit français, d'infraction punissant spécifiquement le fait de faire des avances sexuelles à un mineur
. Faut-il ou non punir, comme le réclament certains enquêteurs, le fait d'émettre des propositions à caractère sexuel à destination de mineurs, ou de chercher à rencontrer un mineur dans l'intention d'en abuser ?
Le Forum recommande que les ministères de l'Intérieur et de la Justice ouvrent un débat sur ce point délicat. Cependant, une telle avancée pourrait être contraire aux principes du droit pénal, qui ne permettent pas que l'on incrimine une simple intention.

• Développer la sensibilisation et l'information des jeunes et de leurs parents

- Campagne de sensibilisation et d'information : mener une grande campagne publicitaire et créer un site web, "guichet unique" de l'information sur la sécurisation des usages de l'internet.


- Education :
Le Forum recommande la mise en place à l'école d'un véritable programme de sensibilisation aux usages maîtrisés de l'internet.

- Industrie : Les fournisseurs d'accès et de services internet devraient adopter un standard élevé d'information de leurs usagers, adultes et mineurs, et généraliser le lien "Protection de l'enfance" sur les pages d'accueil de leurs sites.

- Le Forum des droits sur l'internet : Le Forum est à l'initiative de la publication, en coédition avec des partenaires publics et privés, de deux guides pratiques à destination des parents et de leurs enfants (400 000 ex). Ces guides viennent d'être réédités dans le cadre du "Tour de France des Collèges" du ministère de l'Education nationale.

• Développer les outils favorisant la maîtrise des usages de l'internet

Aucun dispositif technique n'apporte de solution entièrement fiable. Ils peuvent toutefois favoriser une meilleure maîtrise des usages de l'internet.

- Outils de contrôle parental : Le Forum recommande que les outils de contrôle parental s'enrichissent de fonctionnalités de maîtrise des usages interactifs. Les pouvoirs publics doivent continuent d'informer les parents sur ces outils, notamment par la poursuite et l'extension des tests comparatifs réalisés par l'INC.

- Fonctionnalités des services interactifs : Le Forum recommande que les logiciels et services proposés par les acteurs français comprennent systématiquement des fonctionnalités permettant aux enfants de sélectionner leurs interlocuteurs et de bloquer les messages indésirables.

- Adulte référent : Le Forum recommande la présence permanente d'un adulte référent compétent pour venir en aide aux mineurs sur les espaces interactifs (chats, forums, espaces communautaires…) spécifiquement dédiés aux mineurs.

• Renforcer la maîtrise de la diffusion de données personnelles relatives à des mineurs sur l'internet

La loi protège l'image et les données personnelles des mineurs. Toutefois, il est courant que ces informations personnelles soient diffusées sans le consentement des parents.

- Industrie : Conseiller aux jeunes d'éviter de communiquer des informations personnelles les concernant à des inconnus, ne pas les inciter à rendre publiques des données nominatives non nécessaires au fonctionnement d'un service (ville de résidence et âge, par exemple).

- Sites associatifs et scolaires : Eviter de publier des images et informations personnelles concernant des mineurs

Par Le Net Et Ses Dangers
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Lundi 22 août 2005

 

INTERNET ET LA PÉDOPHILIE

Dans la lutte contre la pornographie infantile sur Internet, les Etats, les institutions, les fournisseurs d’accès et les utilisateurs ont chacun leur rôle à jouer.

L’univers virtuel sans frontière que fréquentent quelque 130 millions d’internautes offre tous les ingrédients d’un roman policier: interface anonyme, acteurs distants de milliers de kilomètres et utilisant des noms d’emprunt et de fausses adresses, qui déguisent même parfois leur identité pour mieux attirer une victime à un rendez-vous bien réel, ou envoient des documents cryptés indécodables par des tiers.
Ce pourrait être un roman, sauf que les documents échangés relèvent de la pornographie pédophile et que les personnes piégées sont des mineurs. Les images vont d’innocentes photographies de jeunes enfants à des cas extrêmes: en 1996, des membres du chat 
d’Orchid Club, ont utilisé un appareil photo numérique connecté à un ordinateur pour photographier une fillette de 10 ans dans des poses explicitement sexuelles. Ces images ont été transmises à d’autres membres de ce cercle d’internautes, qui ont demandé à l’enfant de prendre d’autres positions. Ils ont été arrêtés dans plusieurs pays.

30 000 sites pédophiles sur un total de 4,3 millions
Alors que le nombre d’internautes ne cesse d’augmenter, Etats et organisations redoublent d’efforts pour en finir avec la pornographie infantile sur Internet. De par la nature du réseau, l’entreprise est nécessairement internationale. En avril 1999, l’UNESCO a lancé sa campagne «Innocence en danger», afin de sensibiliser l’opinion publique à la pornographie pédophile en ligne et mobiliser les énergies pour qu’Internet devienne un lieu plus sûr pour les enfants. Une victoire a été remportée en mai: le Japon, l’un des plus gros producteurs de matériel pornographique pédophile, a adopté une loi interdisant sa production et sa diffusion. En septembre, les principales autorités judiciaires et policières européennes et américaines, ainsi que des représentants de la profession et des ONG, se réunissent en Autriche pour relancer la coopération en ce domaine.
Quelle est l’envergure de la pornographie pédophile sur Internet? Au cours de l’enquête réalisée pour son livre à paraître, Guide à l’usage des parents pour protéger les enfants dans le cybermonde, Parry Aftab, avocate américaine qui a dirigé Cyberangels, le plus important programme d’éducation et de sécurité en ligne, a dressé une liste de 30 000 sites pédophiles sur un total estimé à 4,3 millions de sites. De son côté, Rachel O’Connell, psychologue de l’université de Cork (Irlande), qui coordonne un projet européen de recherche sur le problème (C
OPINE), a conclu que la pornographie pédophile représentait 0,07% des quelque 40 000 forums de discussions existants. Selon Ruth Dixon, responsable d’une ligne britannique d’appels d’urgence gérée par l’Internet Watch Foundation, le matériel le plus abject est concentré dans une vingtaine de forums. Mais l’échange de ce type de documents ne constitue qu’un des aspects du problème. L’autre est le danger encouru par des enfants qui, s’étant joints à des chats sur Internet dans l’intention de se faire des amis ou de partager leurs passions, se retrouvent avec un interlocuteur bien plus âgé qu’il ne l’avait dit, cherchant un rapport sexuel.
Le plus inquiétant peut-être est qu’Internet a donné à ce type de pornographie plus de visibilité ou d’accessibilité, et aux pédophiles le sentiment de faire partie d’une communauté d’individus. «L’une des grandes raisons de l’essor de la pornographie pédophile sur Internet est la facilité de diffusion et de téléchargement, estime Rachel O’Connell. L’anonymat et la commodité de Net ont révélé un extraordinaire intérêt sexuel pour les enfants. On peut supposer qu’il existait à la même échelle avant, mais somnolent ou à l’état latent.» Martine Brousse, qui dirige l’ONG française Voix de l’enfant, ajoute: «La personne qui n’aurait peut-être pas osé acheter une revue susceptible de nourrir ses fantasmes peut maintenant aller sur Internet: ce n’est pas difficile».
Dans les forums de discussion de pornographie pédophile, les utilisateurs se racontent en général leurs expériences et leurs fantasmes; ils échangent des images, parfois par centaines. Rachel O’Connell a constaté qu’ils tendent à constituer une communauté soudée et bien structurée, et qu’ils se donnent des conseils sur les moyens de ne pas se faire repérer. Il est rarement question d’argent.

Promotion du tourisme sexuel
Echanger des fantasmes n’a rien d’illégal. Ce qui l’est dans la plupart des pays (mais pas tous), c’est la production et la diffusion de matériel pornographique pédophile. Les autorités ont souvent du mal à intervenir à la source, là où les documents sont chargés. Etre en possession de matériel pédophile n’est pas non plus un délit partout. La définition de l’âge légal de l’enfance varie d’un pays à l’autre, celle de l’outrage à la pudeur aussi. Enfin, si la majorité des utilisateurs se trouvent dans des pays développés, des ONG comme Casa Alianza et ECPAT (Halte à la prostitution des enfants, à la pornographie pédophile et au trafic d’enfants à des fins sexuelles) ne cachent pas leurs inquiétudes: Internet est en train de promouvoir le tourisme sexuel pédophile, ce qui expose les enfants à un plus grand danger. Non seulement on va abuser d’eux sexuellement, mais on va aussi les photographier et diffuser les images en ligne depuis des pays où les lois sur la pornographie pédophile sont laxistes ou inexistantes. En conséquence, les polices, les ONG et les autorités judiciaires réclament avec insistance une meilleure harmonisation des législations nationales.
Depuis le milieu des années 90, les polices de plusieurs pays ont créé des unités spécialisées pour traquer la pornographie pédophile sur Internet. En Grande-Bretagne, celle de Scotland Yard a commencé à prendre au sérieux le réseau quand elle a saisi des disques durs contenant ce genre de matériel. Aux Etats-Unis, le FBI a lancé en 1994 une opération secrète baptisée Images innocentes. «Nous avons mis au point une approche tout en finesse, explique Peter Gulotta, vétéran du FBI. L’essentiel de notre travail consiste à entrer dans des chats où nous soupçonnons qu’il y a de la pornographie pédophile. Nous nous présentons comme des adultes voulant échanger des documents, comme un petit garçon ou une fillette. Un prédateur va aussitôt engager la conversation sur nos activités sexuelles. Certains expriment très vite le désir de se déplacer pour nous rencontrer.» Depuis 1995, cette méthode a mené à 357 arrestations, avec un taux de condamnation de 99%.
Tous les pays n’ont pas les moyens, les compétences et le droit pour agir ainsi. Une convention internationale sur la cybercriminalité est en gestation. Elle abordera en particulier le problème de la constitution de preuves dans un espace électronique sans frontières. «En matière de criminalité à l’encontre de mineurs, Internet est une totale remise en question des méthodes de travail des
services de police, estime Agnès Fournier de Saint-Maur, qui dirige la section «crime spécialisé» d’Interpol. On est obligé d’envisager de changer les lois pour s’adapter au phénomène: sans loi, la police ne peut absolument rien faire. Il nous faut aussi des moyens financiers supplémentaires pour équiper les policiers avec un matériel adéquat.» Jim Reynolds, ancien inspecteur en chef de l’unité antipédophilie de Scotland Yard, regrette que tous les pays n’aient pas d’équipes spécialisées, ou de contacts précis vers lesquels transmettre des informations sur les pédophiles. Des rapports envoyés d’un pays à un autre restent sans effet pendant des mois...
Le lien entre regarder des images pédophiles et abuser sexuellement d’un enfant n’est pas clair, même si l’image est déjà le reflet d’un acte. «La pornographie pédophile est un problème bien plus grave qu’une simple question de photos, souligne Jim Reynolds. C’est la représentation visuelle effective d’une agression sexuelle contre un enfant. Et La diffusion de ces photos fait qu’il est de nouveau victime.» D’après le psychiatre français Bernard Cordier, Internet peut renforcer les penchants
d’un pédophile et accroître le risque d’un passage à l’acte, si une situation particulière le lui permet.

Dater les images
La plupart des personnes arrêtées, constate Peter Gulotta, n’ont aucun antécédent judiciaire, mais les enquêteurs découvrent parfois, sur les documents informatiques saisis, qu’elles ont déjà eu des rapports sexuels avec des enfants. Dans de tels cas, le plus urgent est de déterminer la date des images, afin de retrouver les mineurs qui pourraient être toujours en danger. En collaboration avec les forces de police de plusieurs pays, le projet COPINE a créé une base de données des films vidéos et photos pédophiles saisis qui s’échangeaient sur Internet. Ces images donnent des indices sur les origines du cliché et facilitent la coopération: les mêmes photos peuvent être signalées à la police dans des pays différents.
Les fournisseurs d’accès à Internet ont commencé à bouger. «Ils ont subi une pression extrêmement forte, confie Agnès Fournier de Saint-Maur. Dès le début, tout le monde, policiers compris, s’est retourné contre eux. Mais, pas plus qu’on ne peut reprocher à la poste de distribuer des cassettes porno, on ne peut pas vraiment accuser ces fournisseurs d’accès. Néanmoins, cette pression les a conduits à coopérer. Selon eux, il est hors de question qu’ils fassent la police eux-mêmes.» Mais, sans la compétence technique des fournisseurs et sans sa bonne volonté pour coopérer avec les policiers, le combat contre les contenus illégaux sera inefficace. Les descentes de police chez les fournisseurs d’accès en Allemagne ont tendu leurs relations avec les autorités.
«La répression n’est pas une solution, elle doit s’inscrire dans un cadre plus large où les fournisseurs doivent prendre leurs responsabilités », estime Jens Waltermann de la fondation Bertelsmann, qui conçoit et finance des projets dans de multiples domaines. Au Sommet sur le contenu d’Internet, du 9 au 11 septembre, la fondation présente «des recommandations
pratiques aux Etats, aux fournisseurs et aux
utilisateurs pour qu’ils œuvrent ensemble au développement d’une nouvelle culture de la responsabilité sur le réseau». Ce qui implique d’améliorer les mécanismes de lutte contre les contenus illégaux, comme les lignes d’appel d’urgence qui permettent aux utilisateurs de réagir, les codes de conduite des fournisseurs d’accès, ou les logiciels d’évaluation et de filtrage. Actuellement, les documents illégaux sont surtout signalés sur les lignes d’urgence. Financées par les gouvernenments, la profession ou des ONG, elles existent dans moins de dix pays. Leurs liens avec les autorités sont parfois distants. Si une ligne gérée par des particuliers informe la police sur les activités de tierces personnes, cela peut passer dans certains pays pour une atteinte à la vie privée. Agnès Fournier de Saint-Maur et l’avocat français du cyberespace Daniel Kahn pensent tous deux que c’est aux pouvoirs publics d’installer des lignes d’appel d’urgence, avec transmission directe de l’information à la police. L’ONG Childnet International, basée en Grande-Bretagne, tente d’améliorer la coopération entre ces lignes et d’inciter à en ouvrir de nouvelles. Le Parlement européen devrait adopter fin 1999 une résolution demandant aux Etats membres de créer des équipes spécialisées, travaillant 24 heures sur 24, chargées de contacter les fournisseurs d’accès et les forces de l’ordre quand des documents présumés illégaux sont signalés. L’augmentation des appels sur toutes les lignes d’urgence montre que le public se sent de plus en plus concerné.
La profession a pris plusieurs initiatives en matière d’évaluation et de filtrage, mais rien n’indique qu’elles gêneront la pornographie pédophile. Parry Aftab a récemment testé tous les logiciels de filtrage actuellement sur le marché: aucun ne bloque les sites pédophiles illégaux dont elle avait dressé la liste. Cyberangels propose aujourd’hui sa liste sous licence aux sociétés qui produisent ces logiciels. A ce jour, une seule l’a achetée: Net Nanny. Et le filtrage, même s’il fonctionnait, ne pourrait protéger que les enfants en ligne, sûrement pas ceux dont les images sont échangées.
Les ONG, la profession et la police insistent sur la nécessité de sensibiliser parents et enfants, pour qu’ils prennent conscience du problème et dénoncent les documents illégaux. Les enfants de moins de 13 ans, estime Parry Aftab, ne devraient pas prendre part à des chats sans surveillance. Les ONG estiment aussi que les écoles ne devraient pas ouvrir des sites Internet montrant des images d’enfants et divulguant sur eux des informations personnelles. En tant que présidente du comité national d’action pour la campagne «Innocence en danger» aux Etats-Unis, Parry Aftab a la ferme intention de multiplier les initiatives afin d’alerter le public. Elle s’est déjà assuré le soutien de géants comme Microsoft et AOL.
Seule une vague de fond dans l’opinion peut contraindre les Etats à consacrer davantage de moyens à ce qui reste un problème de protection de l’enfance. Rachel O’Connell met cependant en garde contre tout sensationnalisme: «Jusqu’à présent, on peut prendre le pouls de la pédophilie. Si la pression devient trop forte, ces individus s’enfonceront plus profondément dans la clandestinité, à des niveaux d’Internet où l’on ne parviendra plus à les trouver. Ce n’est qu’une question de temps».

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