Les charters plus dangereux que les vols réguliers ?
Paris, 19 août . Le crash du charter colombien au Venezuela ravive les inquiétudes autour de ces vols à bas prix, dont la sécurité serait sacrifiée sur l'autel de la rentabilité. Une étude d'un observatoire privé va dans ce sens et affirme que les vols charters sont 17 fois plus dangereux que les vols de ligne. Un autre rapport parlementaire dénonce plutôt des risques accrus dans certaines zones géographiques, comme l'Amérique du Sud et l'Afrique.
Dans un contexte de grande vitalité du trafic aérien - 1,7 milliard de passagers en 2003 dont 100 millions de passagers sur des compagnies françaises - le nombre de catastrophes aériennes reste faible, comparé à la croissance du trafic. En dépit du drame que constitue chaque catastrophe, en 2003 on dénombrait "seulement" 58 accidents ayant occasionné la mort de 621 personnes. De fait, le nombre de passagers tués dans des accidents aériens dans le monde ne cesse de décroître depuis 1995 (voir infographie à droite).
Selon le BAAA, "les vols charters représentent un potentiel de risque dix-sept fois plus élevé que les vols de ligne".
Pourtant, selon une étude du Bureau d'Archives des accidents aéronautiques (BAAA, organisme privé), citée par un rapport parlementaire français, "les vols charters représentent un potentiel de risque dix-sept fois plus élevé que les vols de ligne". Par rapport aux nombre de kilomètres parcourus, ces vols sont trois fois plus mortels. Les grandes compagnies régulières qui représentent 60% du trafic mondial n'enregistrent que moins d'un tiers des accidents.
Pour d'autres experts en catastrophes aériennes, comme Vincent Favet, interrogé par le journal Libération, ce n'est pas le statut du vol qui compte - charter ou vol de ligne - mais le laxisme de certaines compagnies. "Aucune grosse compagnie low-cost n'a été touchée ! Il ne me semble pas que des avions de Ryan Air ou Easy Jet soient tombés. Il ne faut pas se tromper sur l'origine des problèmes, qui est plutôt géographique, avec des pays plus ou moins vigilants".
Cette vision est confortée par un rapport parlementaire sur la sécurité aérienne de 2004. L'étude dénonce le manque de moyens dont dispose l'OACI (l'Organisation internationale de l'aviation civile). Celle-ci qui compte 188 Etats-membres n'établit que des normes « a minima » qui n'ont pas de valeur contraignante. Chaque pays reste responsable de la sécurité et du contrôle des compagnies aériennes.
Si l'Europe et l'Amérique du Nord appliquent bien les normes, voire les dépassent, il n'en est pas de même en Asie, en Amérique latine et surtout en Afrique.
Si l'Europe et l'Amérique du Nord appliquent bien les normes, voire les dépassent, il n'en est pas de même en Asie, en Amérique latine et surtout en Afrique. 30 des 111 pays audités ne respectent pas suffisamment ces normes pour assurer un niveau suffisant de contrôle de la sécurité des avions et des compagnies aériennes immatriculées chez eux.
Certains pays n'ont pas les ressources ou la volonté politique pour assurer un tel niveau de sécurité. Les compagnies aériennes sont alors tentées d'utiliser la division internationale du travail pour effectuer, là où les coûts et les contrôles sont moindres, le rattachement des personnels navigants ou les opérations de maintenance.
Face à ces dérives, la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) préconise de multiplier les contrôles inopinés, mais cela signifie davantage de moyens. D'autres solutions envisagées concernent la mise au point d'un label bleu décerné aux compagnies aériennes les plus sûres. La France s'y est engagée pour 2006.
Le Syndicat de pilotes de ligne, suivi par le commissaire européen aux Transports Jacques Barrot, préconise une mesure plus radicale. La mise au point d'une liste noire des compagnies les plus dangereuses. Ce projet a reçu l'assentiment du ministre français des Transports Dominique Perben qui estime que ce serait "un élément supplémentaire de sécurité pour nos concitoyens". Reste encore à trouver un accord avec les 25 Etats européens et à le ratifier par le Parlement.
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